Après ce court et long voyage, ce presqu’aller simple, je place ici la case espace-temps pour quelques retours. Les commentaires ‘généraux’ et questions diverses sont donc plus que bienvenus dans ce billet, quelles que soient leurs couleurs — les commentaires racistes, antisémites, violents ou offensants en général, seront supprimés sans discussion.
L’on peut sinon, pour des commentaires ou questions plus précises, sur un point en particulier, utiliser la case ‘Commentaires’ de chaque billet.
Je vais avoir quelques difficultés à conclure ceci… :)
Je crois même que je ne conclurai, de ma vie, jamais cette histoire ni ce voyage. De ces voyages dont on ne revient jamais complètement. De ces rencontres de gens vivants, debout, rencontres fugaces de quelques minutes, quelques heures ou jours, qui nous marquent pour une existence entière, et les suivantes.
J’écris ces lignes au printemps 2010. Après la guerre de Gaza. Après -c’est tout récent- la dernière loi en date, autorisant des déportations massives de populations palestiniennes.
J’aurai mis presque deux ans pour arriver à replonger dans mes notes et mes photos. Les trier, les légender. J’ai regardé ces photos des dizaines de fois. Je me suis fait voler une partie de ce ‘matériel documentaire’, mais pas la majorité.
Je ne peux que constater que ce voyage a changé ma vie. Pas moins. Même si je n’en parle pas chaque jour. Même si j’ai gardé tous ces mots par devers moi, depuis. Même si je ris, je râle, je vis, (je suis amoureuse ^_^), j’avance.
Derrière tout ceci, il y a cela.
Il y a que je pense au peuple palestinien, tous les jours.
Aux gens, aux gosses, aux histoires, à ces humains extraordinaires, qui non seulement ne sont pas d’accord pour se laisser crever et asphyxier et exiler, mais en plus, sont formidablement debout, créatifs, optimistes même.
A cette petite qui veut être docteur.
A cette ado future journaliste.
A cette fille d’Askar en deuil.
A cette grand-mère devant son champ pelé.
A J., ses gestuelles d’ancien prisonnier, ses filles, sa voix tranquille.
A tous.
J’espère que j’aurai pu réussir à transmettre une partie de ce que j’ai vu, entendu, appris, désappris, ressenti.
J’espère, bien sûr, comme le monde entier ou presque, que cette situation infernale va évoluer, bouger, qu’il y aura d’autres solutions que la violence, inacceptable de part et d’autre.
Et entre tout, j’espère que ce modeste carnet de voyage, si vous avez eu le temps et la persévérance de le parcourir en entier (et même si ce n’est pas le cas d’ailleurs), pourra allumer en vous, ou raviver, l’étincelle de votre propre pensée. Pas celle des médias, pas celle des autres, pas la mienne. La vôtre. Et changer votre regard sur la Palestine et les Palestiniens.
Donc en fait… je ne conclurai pas. La fin est ouverte, à vous maintenant de vous faire votre propre idée, de vous forger votre opinion personnelle, votre envie, éventuellement, de vous renseigner par vous-même, de cliquer les liens des associations, de voir un film ou une conférence, d’en parler, de prendre un livre sur le sujet, ou un billet d’avion.
Car c’est tout ce qui nous est nécessaire en ce bas monde : un livre, un billet d’avion, un appareil photo et un carnet — des yeux et des oreilles.
Et un cœur, forcément.
En vous souhaitant bonne route,


psycheinhell a dit,
9 août 2010 à 18:10
“De ces rencontres de gens vivants”
… Oui, c’est vraiment, tellement l’impression qui se dégage.
En contraste, tellement, avec les médias qui ne montrent, nomment, dénombrent, que des victimes, des morts, d’un côté du mur, de l’autre ; des chiffres ; des symboles. La machine à sensations, qui ne s’allume qu’à l’occasion, alimentée seulement à coups de jetons meurtriers. C’est une partie de ce brouillard rouge que j’évoquais, à travers lequel on ne distingue plus que des silhouettes de terroristes et de soldats, et des corps déchiquetés – vision déshumanisée qui finit par déshumaniser en retour le regard, je crois – si bien sûr on laisse faire. A ramasser respectueusement les cailloux que tu as laissés sur ton chemin (et tout en étant douloureusement consciente du gouffre qu’il y a entre le marquage du vécu et la simple expérience de lecture de témoignage…), j’ai eu cette impression salvatrice de reconnexion avec la réalité humaine, ou une partie de cette réalité : l’impression, en prenant ces petites pierres au creux de la main, de toucher la Palestine, et de la sentir vivante et chaude (brûlante, même).
Tu parlais je ne sais plus à quel moment du sentiment de vanité qui vous avait saisi – sentiment très certainement inévitable, devant l’ampleur et la persistance écrasante de l’horreur ; et pourtant… je suis persuadée que le monde a besoin de ce type de témoignages pacifistes, de ces photos que tu partages, infiniment touchantes, de détails qui en disent tant sur le Tout – et d’êtres humains qui méritent tellement mieux que de devenir les ‘détails de l’Histoire’ de tous les salopards racistes. Le monde en a besoin, pour voir, pour comprendre en son coeur, qu’au-delà de la catastrophe et du sensationnalisme visant à l’exploiter, il y a des gens, un quotidien, une société humaine qui se heurte jour après jour aux impossibilités inhumaines dressées par une domination non seulement meurtrière, mais aussi, monstrueusement tracassière. Et quand on voit ça, ces gens, donc, ces communautés vivantes bloquées pourtant dans les mouvements de leurs vies, je ne vois pas comment on pourrait *ne pas souhaiter* que tout change. Que la parole circule sans rebondir sur un mur, que les regards évoluent, que les choses bougent, pour libérer la vie.
Désassocier ce coin de terre de l’impression partielle et parcelante qui lui est associée, l’inflexible / incompréhensible fatalité des engrenages meurtriers ; faire comprendre que des gens sont là, bien vivants, et qu’il est souhaitable, possible et même impératif que se construise, pour eux et les autres, et surtout avec eux, une société vivable (et viable, alors). Et donc, l’espoir vivace, à travers même la parole douloureuse, crucifiante.
(Sorry, ça doit sonner très maladroit et certainement naïf, toujours ce problème d’empathe qui peine à trouver les mots justes pour traduire ses battements et serrements de coeur…)
Merci pour ces cailloux – autant de pierres de moins dans le mur, hopefully.
petitefa a dit,
9 août 2010 à 23:29
Thx à toi de ton ricochet, et tant mieux si ces petites pierres “en moins dans le mur” (si seulement… espérons que oui. Et c’est une très jolie image :) ) peuvent faire voir autre chose que le cliché “soldats vs terroristes”. Oui, il y a un besoin crucial de voir les personnes derrière les clichés, et d’une société vivable… et viable, ah. ô combien.
Et donc pour ça, il y a en effet un besoin fondamental de dire, de ne pas se taire. De ne pas faire l’impasse de l’étape ‘observation’. Là j’avoue que sans les principes structurels et l’organisation du CCIPPP ce serait vraiment une gageure, ce sont les personnes qui font pousser ces projets qui ont rendu et rendent encore cela possible.
…Ton commentaire est d’autant plus important pour moi que (bon, déjà que ton avis compte à mes yeux bien sûr ^_^) la réaction la plus fréquente quand j’aborde le ‘topic Palestine’ est que les gens regardent leurs baskets.
Ou font semblant de ne pas avoir bien entendu, sont passés à côté, tout ça, ou bien s’en préoccupent vraiment très peu – je ne parle pas là des cercles plus restreints de militants et de personnes déjà sensibilisées.
Et le fait d’aller au-delà de ce brouillard rouge, oui, de ne pas en rester là, implique un décalage avec les médias dominants. Qui ne parlent jamais d’occupation, qui ne rappellent jamais que l’ONU demande depuis quarante ans de rendre les territoires de 67 occupés illégalement, qui vont évoquer ici et là une libération de quelques prisonniers palestiniens mais qui ne disent pas que dans le même temps ils en emprisonnent dix fois plus, etc etc.
Moi je crois que ce n’est pas du tout une fatalité cette histoire. Que la couleur ‘fataliste’ qui se dégage de cette situation (et qui nous prend parfois dans des accès de pessimisme et de désespoir, oui c’est vrai, on l’a ressenti là-bas et ici aussi) ressemble à s’y méprendre au fatalisme diffusé et infusé par les multinationales, le capitalisme mondialisé, l’idéologie néolibérale, quoi – diffuser la pulsion de mort en fait, la dépression et le découragement pour que simple citoyen lambda l’on se dise “c’est foutu, rien ne sert de lutter, c’est trop dur et ils sont trop puissants”.
J’ai l’impression d’un truc comme ça – force est de constater que bien sûr, à la décharge des pessimistes, on attend encore et toujours des signes vraiment clairs d’amélioration… (et pas des rando bidon. J’ai entendu une info sur une ascension du Mont Blanc avec une équipe ‘mixte’ israélo-palestinienne, et ça m’a fait rire jaune… Un peu comme le coup de l’orchestre mixte… Quelle hypocrisie tout de même, de se vanter d’aller faire une rando en commun quand on balance des bombes au phosphore sur des civils et qu’on asphyxie un pays entier par tous les moyens… si c’est pas de la propagande pure et dure, je ne m’y connais pas)
Bref ! Oui à la lumière de tout cela, je souhaite sincèrement que tout change, oui. Merci beaucoup à toi de ta lecture et de ton regard de paix :)
psycheinhell a dit,
10 août 2010 à 17:45
Ah, pulsion de mort, c’est le terme que je cherchais à épingler. Oui, c’est tout à fait ça, alas. Alors qu’il y a en fait une réelle force de vie, complétement occultée côté médias – la résistance, la créativité, le courage que tu évoquais d’aller faire des études plutôt que de faire parler les armes…
Pas entendu parler de cette ascension alpine en équipe mixée, mais clair que s’il s’agit d’une initiative officielle et revendiquée comme telle, ça sent le foutage de gueule et le coup médiatique. Mais à te lire, tu vois, ça ravive l’envie d’aller découvrir ce qu’il en est réellement, du côté des citoyens : s’il existe des assocs ‘mixtes’ (faute de mot plus adéquat) où l’on bosse main dans la main pour casser du mur et construire du mieux, et comment elles sont perçues, quelle est leur marge d’action, tout ça. Quels sont les espoirs d’action et d’évolution politique, aussi, pour les citoyens de part et d’autre de l’actuel mur ?… (ce sont de vraies questions, hein, je précise, je suis loin de bien piger tout ce qui est à l’oeuvre, notamment en ce qui concerne les forces politiques – merci encore les médias, qui se contentent de nous asséner quelques noms incontournables comme un bloc barrant la vue et l’analyse –, mais bon, du peu que j’ai compris, ça n’a pas l’air top actuellement : des divisions côté palestinien ? en Israël, une gauche étouffée sous les courants nationalistes dominants ?…)
Tu sais, depuis la lecture de tes notes de voyage, j’ai cette image à l’esprit, un reflet en mode cauchemar : j’imagine ce qui se passerait ici, si on collait des fusils entre les pattes des beaufs et intolérants de base qui marchent à la politique sécuritaire et aux manoeuvres de repli identitaire de Sarko, et qu’on leur fasse comprendre que, quoi qu’ils fassent, ils auraient le soutien et le back-up de la police, du capitalisme, de la presse officielle ; je me demande comment on pourrait se sortir d’un merdier de ce type (pas si hypothétique et improbable que ça, toutes proportions gardées), quelles actions seraient possibles, à couvert, à découvert – jusqu’où ça dégénèrerait, combien de temps ça nous prendrait pour remonter la pente, rejointer les gens malgré l’irréparable, sauver l’esprit des gosses qui auraient grandi là-dedans, tout ça quoi… Bon comme toute comparaison ça a ses limites, mais ça me fait pas mal cogiter ces jours-ci, et donne vraiment envie d’en savoir plus sur les actions de ces gens qui oeuvrent, pour le bien, le mieux, la paix, en Palestine, en Israël, dans les interstices du mur…
(Et je vais me sauver là parce que la batterie de mon ordi va tout bientôt me lâcher, pis y a un chat qui vocalise depuis 10 minutes parce que je m’occupe de l’autre bout du monde et pas de Lui, m’enfin ! ^^ Une belle soirée à toi, et paisible autant que possible…)
petitefa a dit,
11 août 2010 à 01:23
Hey nocturne,
je vois bien la vision cauchemardesque que tu as à l’esprit, en transposant un peu tout ça (pas si hypothétique sur certains aspects, yep, vu le gouvernement qu’on se fade…)
Et pour transposer vraiment il faudrait ajouter des éléments comme les vols de maison, de terres, les déportations de villages entiers, (en deux mots la colonisation et l’occupation, quoi), l’impunité, oui en effet, et la couverture par l’armée et le pouvoir en place, et puis par dessus tout ça un bon gros alibi religieux, histoire de pouvoir taxer de diffamation et discrimination toutes les personnes qui critiqueraient une telle situation. Ainsi que des différences de niveau de vie assez délirantes, du racket sur l’eau, l’électricité, les denrées de base, une santé à deux vitesses, un chômage à deux vitesses, une citoyenneté à deux vitesses, un droit de circulation restreint, etc… oui c’est vrai que la comparaison a ses limites, parce que l’apartheid est tellement énorme et le plan d’occupation si systématique qu’on ne peut en transposer qu’une partie, dans un imaginaire de l’horreur…
Mais bref, tout ça pour dire que oui je ressens bien ce sentiment que tu as eu aussi d’être coincé, piégé, et de sentir jour après jour que le Système n’est pas du tout en ta faveur, mais franchement hostile, et même souhaiterait ardemment que tu te barres ou que tu claques. Et où on te ferait comprendre que tout ce qu’on veut de toi, c’est juste ta place, le lieu où tu vis, et pas toi. ça c’est une sensation peu ou prou universelle, yep, complètement exacerbée ici, mais qu’on peut retrouver dans plein de situations d’oppression et de colonialisme…
Je te rejoins aussi sur l’état apparemment très mal de la gauche israélienne (et des divisions palestiniennes aussi d’ailleurs). Le truc c’est qu’ils doivent bien exister quelque part, mais qu’on ne les entend quasi pas vu les hurlements de l’extrême-droite aux commandes… (ah c’est déprimant, oui, de prendre les choses sous l’angle politique)
Après, je ne sais pas si j’ai bien compris ce que tu entends par assos “mixtes” (désolée ^^’). Tu veux dire des associations internationales ou locales ? ou les deux ? Ou multi-religieux ? Je sais qu’au CCIPPP tout le monde peut y aller (ne sont demandées que la citoyenneté française et l’absence claire d’antisémitisme), à l’ISM c’est un peu le même principe. A Génération Palestine, bon, ils ont plutôt des jeunes (mais c’est logique, c’est leur structure qui est montée pour ça). En gros, la base commune c’est la non-violence. Sinon, concernant la mixité entre israéliens et palestiniens, il y a Anarchists against the Wall (j’avoue que je ne les connais pas tous loin de là !), où il semble y avoir plutôt des israéliens pas favorables du tout à la politique gouvernementale, comme leur nom l’indique. Sinon (je ne me souviens plus si j’en ai parlé ou pas dans les notes) il existe plusieurs organisations regroupant des juifs anti-sionistes (Jewish against zionism aux USA et l’UJFP en France, j’ai croisé des articles de ces deux-là), mais il y en a d’autres aussi.
Alors bien sûr, je pense que c’est plus compliqué de trouver des antisionistes en Israël car je me dis que par définition, les gens qui ne sont pas d’accord avec la colonisation ne vont pas aller vivre dans une colonie israélienne…
Bon, je ne sais pas si c’était ça ta question, en fait ^^”
…Mais je ne crois pas (encore autre hypothèse) qu’il serait facile de trouver une organisation regroupant des personnes aux idées opposées telles que sionistes et antisionistes… Enfin, je n’ai pas connaissance d’une asso ou autre qui sauterait l’étape de la justice, je ne sais pas comment dire. je veux dire, la paix sans la justice ça n’est pas la paix, en fait. (c’est peut-être la pax romana, c’est-à-dire l’occupation, et, tiens j’y pense, le tabou dans les manuels scolaires, là aussi !). Et la justice internationale est complètement claire : le Mur est illégal, ainsi que l’occupation des territoires de 67, ainsi que les colonies qui continuent à pousser en Cisjordanie, ainsi que l’annexion de Jérusalem Est, etc…
(bon je dis ça mais peut-être qu’une telle organisation existe, en fait)
Bref, ce que je voulais dire c’était qu’oeuvrer à la réconciliation et à la paix entre les peuples, c’est très bien, mais tant que parallèlement à de petites actions de ce type, continue un énorme apartheid et un refus du retour des millions de réfugiés, ça me paraît plutôt desservir la recherche de la justice, et de la même citoyenneté pour tous – je n’ai pas encore chopé le petit bouquin BDS mais je pense que c’est bien expliqué dedans, les demandes principales consistent en : démontage du Mur, accès à la même citoyenneté pour les Israéliens et les Arabes israéliens (les Palestiniens qui ne sont pas sur les territoires occupés, quoi), droit au retour des réfugiés, et – me semble-t-il – levée du blocus de Gaza. Je ne vois pas trop, au point de réflexion où j’en suis (qui peut varier certes), comment apprendre à vivre ensemble tant que ces droits fondamentaux ne sont pas appliqués…
(tu vois, je vais faire un parallèle grossier mais à mon sens c’est comme si je disais “on va chercher à faire vivre les cowboys et les indiens ensemble, et ensuite éventuellement on se préoccupera de rafistoler les dizaines de traités qui ont tous été bafoués par les colons américains, et de voir s’il est encore temps de freiner le génocide en cours… Là aussi bien sûr, la comparaison ne peut avoir que des limites, mais bon, c’est pour trouver des mots sur mon sentiment, quoi)
Pfiou, j’ai beaucoup tartiné, tout ça me fait cogiter aussi ^_^
…Un câlin au chat, à très vite miss, et merci encore de partager tes réflexions et tes cogitations ici… :)
psycheinhell a dit,
11 août 2010 à 10:19
Heya,
Oui, je parlais bien d’initiatives israelo-palestiniennes, désolée pour le flou et les maladresses d’expression (défaut qui risque d’être récurrent, n’étant pas en terrain bien connu – … je ne crois pas qu’on puisse l’être, tant qu’on n’a pas posé les pieds là-bas… –, j’ai beau tourner les doigts 7 fois au-dessus du clavier, ça n’exclut pas la possibilité que je sorte une connerie plus grosse que moi :-S).
Et donc, (j’en profite pour (essayer de) préciser ma pensée), ce qui m’intéresse et sur quoi je m’interrogeais, c’est pas effectivement des entreprises oeuvrant dans les limites du statu quo, parce que ce serait bien tristement limité, yep, et parti sur des fondations bancales (absence de justice, d’égalité, tout ce que tu soulignais). C’est surtout que, comment dire, j’ai la très forte impression que pour qu’il y ait cette justice, la citoyenneté pour tous, etc, ça passera nécessairement par le politique, et ça ne viendra pas du gouvernement actuel (je pointe le gouvernement israélien parce qu’il est évident qu’il y a un énorme problème, là – et suis plus dans le flou pour ce qui est de l’organisation politique palestinienne, donc…) L’opinion internationale peut éventuellement aider, influencer (si on évite ces écueils sur lesquels on tend à se précipiter), dénoncer ce qui doit l’être (dans la durée), appuyer ce qui mérite le soutien… mais deep inside, j’ai cette conviction solidement ancrée que le changement, la justice, et enfin la paix durable (qui, comme le développement du même nom, a besoin de s’établir sur des fondations justes, équitables, responsables ^^), tout ça découlera d’une impulsion de l’intérieur – et, vu que tout là-bas pour l’instant se pense en binaire, d’une impulsion bilatérale. Sinon, je crois pas que ça puisse marcher dans la durée… Et donc, je cherchais du regard, à travers mes questions, les citoyens, les activistes, les humains debout, quoi… On en a de beaux portraits dans tes carnets de voyage, et quelque part, malgré la dureté de la situation dont tu témoignes, c’est un putain d’espoir… et ça file l’envie de promener encore, un peu partout sur les territoires d’Israël et de Palestine, une lanterne à la Diogène, et d’aller y chercher des hommes, et à travers eux de l’espoir de vrai changement.
(Après, sur la question de “trouver des antisionistes en Israël”… bon, ça dépend évidemment, déjà, de ce qu’on met derrière le concept d’antisionisme, qui de ce que j’en ai lu par-ci par-là a l’air de désigner plusieurs courants pas forcément en accord… si j’ai bien compris le binz, y a quand même un grand écart, voire une opposition, entre le sionisme posant que les Juifs ont besoin d’avoir, quelque part, une terre où ils puissent se sentir @home, et le sionisme impérialiste, agressif, colonialiste tel qu’on le voit à l’oeuvre dans les colonies illégales grignotant sans vergogne la Palestine. Donc j’imagine qu’il doit bien y avoir en Israël, sur les territoires établis par le plan de partage de l’ONU, des antisionistes au second sens du terme – bon, après, dans les colonies israéliennes en Palestine, c’est sûr qu’on ne trouvera pas de telles personnes, du coup. Je me demande aussi ce qu’il en est des plus jeunes générations, ceux qui sont nés et ont grandi là-bas : doit bien y en avoir, à côté des gamines ado sans jugeote qu’auraient bien besoin que quelqu’un dans leur entourage leur foute une bonne fois le nez dans leur honte, des jeunes qui remettent en question le système et les odieuses barrières posées par leurs aînés ? (ou alors, c’est à désespérer de la jeunesse… tu me diras, quand on voit l’apathie en France, parfois on désespère, ouaip :-/))
Bon, j’arrête là le squattage d’Echos avec mes questionnements en vrac, chuis déjà grave en retard sur ma journée ! Have a beautiful day !
petitefa a dit,
11 août 2010 à 14:49
Hey,
(je devrais me freiner aussi sur mon propre floodage en réalité, j’ai plein de choses encore sur le feu, mais bon ^_^)
“C’est surtout que, comment dire, j’ai la très forte impression que pour qu’il y ait cette justice, la citoyenneté pour tous, etc, ça passera nécessairement par le politique, et ça ne viendra pas du gouvernement actuel”
Oui, même impression… si je n’avais pas de même toujours en tête l’idée forte que “l’espoir vient des peuples, pas des gouvernements” @Lénine, je crois qu’il ne me resterait qu’à me mettre dans un trou, une caverne (la fameuse Caverne) et ne rien attendre de positif.
C’est d’ailleurs pour ça que les initiatives “privées” et pourtant citoyennes (“privées” au sens non gouvernementales, ONG quoi) poussent et fonctionnent… Aucun gouvernement français (je crois même pouvoir dire européen, même si je ne connais pas ça à fond) n’a créé des démarches comme celles du CCIPPP ou d’ISM, de témoignage citoyen, de résistance non-violente, tout ça. Et pourtant ces organisations (par exemple) existent quand même, grâce à des individus, des humains debout comme tu le dis, et créent quelque chose qui va peut-être, à force, faire pencher la balance vers un peu plus de justice. :)
Sur la jeunesse… ouaip, j’entends régulièrement des vents divers ; ici, un article sur un “camp d’été de destruction israélien” bien nauséabond, et là, des jeunes qui se tournent moins vers l’armée qu’avant. Je te rejoins, bien sûr qu’il faut croire en la force de la jeunesse et le désir de faire péter les barrières parentales et du coup sociétales… (sans compter que ce putain de Mur et ce putain d’apartheid ça doit bien leur pourrir la vie aussi, en un sens)
“y a quand même un grand écart, voire une opposition, entre le sionisme posant que les Juifs ont besoin d’avoir, quelque part, une terre où ils puissent se sentir @home, et le sionisme impérialiste, agressif, colonialiste tel qu’on le voit à l’oeuvre dans les colonies illégales grignotant sans vergogne la Palestine”
Plusieurs courants, certes…
Mais la religion n’est pas une nationalité…
(c’est sur cette définition voulue par tant comme flottante, je sais pas trop comment l’exprimer, que beaucoup de confusions se développent je crois.
Par exemple, dans les médias on nous parle jour après jour du “monde arabo-musulman” et les fachos de tout poil n’ont à la bouche que de les faire “rentrer dans leur pays”, comme si il était évident que arabe = musulman = (en plus) nationalité “arabe”. (je vois mal quelle serait cette nationalité hypothétique d’ailleurs, vu qu’il y a genre vingt pays concernés)… Comme si tout arabe était musulman, comme si tout musulman était arabe, et comme s’il fallait caler des gens dans tel pays parce qu’ils ont telle religion. (donc non seulement cet amalgame n’est pas évident mais en plus il est faux dans les termes).
Bref, cette confusion entre communauté et religion me semble un truc fondamental dans la genèse (sans mauvais jeu de mots…) de cette situation. Palestinien, c’est une communauté de gens vivant en Palestine et de moult confessions différentes d’ailleurs (vu le contexte historique, ô combien). Mais on ne peut devenir Israélien que si on est de confession juive, et les colons viennent de tous les pays du monde, de cultures et d’origines très diverses, ça n’a rien de mal en soi, mais pour schématiser à gros traits, le seul dénominateur commun c’est la religion.
Et voilà qu’on se retrouve dans cette situation folle où un “Juif Palestinien” en Israël va être plus “Israélien” qu’un “Musulman Palestinien” dans le même Israël (et comme il se trouve que le Juif Palestinien en question, càd celui qui vivait déjà en Palestine avant 1948, est en pratique un Arabe qui vit à la palestinienne, et pas à l’occidentale, il va quand même être ostracisé par la société israélienne, occidentale, blanche et bien raciste, en gros). Et enplusenplus, le “Musulman Palestinien” va être appelé “Arabe Israélien” (ça rend dingue !), ce qui ne simplifie rien et où l’on retrouve encore, décidément, l’amalgame musulman/arabe.
(Je ne parle même pas des chrétiens Palestiniens, j’ai discuté à Nazareth avec une nana dans ce cas-là qui disait que c’était encore plus dur pour les chrétiens qui se faisaient rejeter par tout le monde… )
Bref, ce n’est plus binaire, c’est d’une complexité sans nom…
Et l’on ne devrait pas avoir le droit de vivre sur tel territoire *uniquement* du fait de son appartenance religieuse, et en virer ceux qui en ont une autre (d’appartenance religieuse), qui étaient déjà là et qui n’ont rien demandé.
(Et qui ne sont pour rien dans la Shoah d’ailleurs, mais bon ça on le sait, il n’y a que les colons extrémistes d’Hébron et d’ailleurs pour agiter les millions de fantômes de la Shoah, qui n’en demandaient pas tant non plus les pauvres, et pour justifier leur colonisation, bien antérieure, et leurs exactions de cette manière-là).
Je veux dire, “chrétien”, “musulman”, “hindou” ou “animiste” et même “athée” d’ailleurs peut-être, ce sont des confessions (ou non-confessions dans le cas de l’athéisme) tout aussi respectables les unes que les autres, oui.
Mais ce ne sont pas des pays…
ça n’a pas à être des pays. (donc mon raisonnement vaut aussi pour abroger la loi islamique dans plusieurs pays arabes / les arrangements avec la laïcité en Alsace-Lorraine / le “God bless America” dans les discours des présidents des USA / etc)
Si en France on me disait que je peux faire le service militaire seulement si je suis catholique (mettons), que je ne peux avoir la citoyenneté pleine et entière seulement si je suis catholique, et que, à la base de tout ça, venant de n’importe quel autre pays du monde que la France avec mon baptême catholique, j’obtiens automatiquement la nationalité française du fait de ma religion, si je peux virer d’office tous les gens vivant en France qui ne sont pas catholiques et m’installer dans leur baraque, si je peux interdire enfin à tous ceux que j’ai virés de revenir sur le territoire français car ils ne sont toujours pas catholiques (et qu’en fait je n’ai pas bien envie de partager)… ben je ne trouverais pas ça légitime, ni constitutionnel, ni juste. On ne serait plus dans le débat “droit du sang vs droit du sol” qu’aiment bien les politiques et tout, mais euh, comment dire, dans un genre de “droit de la Foi”.
Bon, j’ai encore beaucoup à lire et à réfléchir sur ce sujet très complexe, c’est vrai.
Mais se sentir @home, yep, c’est la question centrale.
(tout aussi central est le fait que dans ce cas il s’agit de la home des Palestiniens, qui n’étaient pas contre un partage mais qui se sont fait abondamment piller, et déporter par centaines de milliers).
Cela pose la question de toutes les communautés victimes de discrimination, de pogrom, de génocides, oui…
Ces jours-ci c’est les Roms qui chargent. Et on sait bien qu’ils chargent encore plus en Roumanie, et que de façon générale ils chargent depuis des siècles… (je prends un exemple inadéquat du fait du nomadisme mais bon).
Est-ce qu’il faut un pays ? Et dans ce cas, quel est le critère justement pour en être ? Rom, ou catholique ? (et comment on définit “être Rom” d’ailleurs, bon je ne t’apprends pas ce débat qui a été creusé avec les délires frenchies sur la déchéance de nationalité, l’identité nationale et tous leurs trucs de fachos). Tu vois ce que je veux dire ? il y a eu des pays créés, il y a eu le Libéria, et Haïti, mais le pivot n’était pas la religion – plutôt l’esclavage je crois. Et sans doute que les Kurdes, les Amérindiens, tant d’autres encore, auraient bien besoin d’une souveraineté nationale.
Mais pas du fait de leur croyance, enfin je ne crois pas.
A mon sens, ce truc de nationalité et de religion devraient être complètement indépendants l’un de l’autre, et on devrait pouvoir croire en ce qu’on veut, dans le pays qu’on veut, sans avoir des différences de citoyenneté ou des expulsions, pour autant. Et on ne connaît que trop bien les souffrances sans fin infligées aux Juifs depuis des siècles et des siècles.
Sauf que justement. Justement, ces pogroms et ces exodes, ça ne fait pas un pays. ça fait l’inverse, ça fait l’universalité. Et la Diaspora, c’est ça, la cellule-souche du monothéisme (du caractère universel, extra-local, ubiquitaire, de l’idée de Dieu et du sentiment religieux, donc), ce n’est pas l’ethnie et la croyance locale. C’est pour ça que cette situation israélo-palestinienne est biaisée dès le départ : on veut nous faire penser (et l’on y arrive très bien) de façon binaire, oui exactement, les Israéliens contre les Palestiniens, les rouges contre les bleus, comme au foot, sauf que ce n’est pas ça *du tout* en réalité.
C’est un argument religieux pour justifier la colonisation d’un territoire.
Et le caillou dans la chaussure, dans cet argument religieux (je reprends par exemple ta formule “besoin d’avoir, quelque part, une terre pour se sentir @home” mais on peut en trouver d’autres), c’est que le “quelque part”, ben y a déjà “quelqu’un” qui y vit…
Le slogan de Ben Gourion le plus célèbre à la création de l’Etat d’Israël c’était “une terre sans peuple pour un peuple sans terre”.
Et ça cloche doublement dans cette phrase.
Parce que, bon je me répète, il ne s’agissait et ne s’agit toujours pas d’une terre sans peuple, d’une part, et d’autre part il ne s’agit peut-être pas non plus d’un peuple sans terre, si l’on constate le caractère universel de la Diaspora et si on considère, surtout, que la religion n’est, je pense, *ni nécessaire ni suffisante* pour constituer un critère de ce qui est un “peuple”.
(je pourrais dire pour filer la métaphore, par exemple, le “peuple français” qui nous fait tellement honte, mais pas le “peuple chrétien”, parce que dans la vaste communauté des chrétiens dans le monde on trouve des milliards de personnes qui n’ont parfois strictement rien en commun).
Pfiou, c’est compliqué, on marche sur des oeufs avec des sujets pareils, pour ne froisser personne, du coup ça fait des phrases super longues ^_^
Je vais décidément arriver à me retenir moi aussi de poursuivre le présent message, pourtant le sujet me passionne. Ooohlàlà, je regarde mon post et je viens de faire une tartine géante… allez, je me mets à mes légendes, ça presse !
Un tout beau jour à toi aussi, c’est toujours un plaisir d’échanger ensemble :)
petitefa a dit,
11 août 2010 à 18:55
Je doublonne ^_^
…Pour deux petits ajouts ; one, une synchronicité du soir, je viens de tomber sur ce 4e de couv’ tout en écoutant une émission sur les ours slovènes (le rapport :D), et ce bouquin me branche bien parce qu’écrit par un historien israélien il semble reprendre justement cette question de définir un “peuple”. C’est là :
http://www.editionslesliensquiliberent.fr/f/index.php?sp=liv&livre_id=6
Et two, en cueillant des mûres je réfléchissais à la métaphore de ‘transposition’ en France et je me disais qu’il faudrait aussi ajouter que tout le monde parle latin ! Voilà voilà. Je retourne à mes ours (et à ma wishlist du coup ;) ) – bonne soirée aussi, du coup :)
psycheinhell a dit,
13 août 2010 à 10:01
B’jour :-)
Même impression de marcher sur des oeufs avec ces sujets ; et puis, bon… de fait, on fout le doigt dans des plaies à vif, donc ouaip, autant y mettre autant de délicatesse que possible (même si j’ai constamment l’impression de mettre les pieds dans le plat, enfin l’omelette quoi, argh :-S )
D’accord à 333% sur le fait que le religion ne fasse pas un Etat / une nation, et que partout où les ‘powers that be’ veulent faire en sorte que ce soit le cas, ben ça ne marche pas, ça n’a jamais marché, et ça peut virer à l’horreur pour les populations, le respect des droits humains et citoyens, tout ça. Et complétement d’accord, donc, évidemment, sur le fait qu’il y a un *énorme* problème avec ce concept d’Etat juif, avec les monstrueuses conséquences qu’on voit et celles qu’on découvre régulièrement (je lisais un truc, ces jours-ci, sur un projet de déportation de gosses d’immigrés israéliens qui ne correspondraient pas à certains critères rigides, l’horreur totale) – le blogueur qui évoquait cette histoire disait d’ailleurs qu’un premier pas serait de passer à un Etat israélien plutôt que juif (voire une autre nomination vraiment dépourvue d’ambiguïté religieuse), histoire d’englober *tous* les citoyens (et d’accueillir comme tels ceux qui se voient refuser ladite citoyenneté dans un état juif, alors qu’ils y ont tous les droits), et partant ainsi de travailler à désenchevêtrer la religion de tout ce noeud conceptuel…
Je continue à rêver, donc, d’un Etat qui soit une démocratie laïque, ouverte et juste parce qu’elle aura cristallisé son identité autour de la réparation des injustices et de l’acceptation des différences (en passant par exemple par ce stade important qui suit les apartheids ou la chute de pouvoirs racistes, les fameuses commissions de vérité/justice/réconciliation) – et reconnaisse l’existence voisine de la Palestine, rende les territoires illégalement occupés, et abatte les insupportables murs. Qu’on en finisse, yes, avec ce micmac linguistique, religieux et identitaire, d’une absurdité à se flinguer, et que les citoyens aient la liberté d’être, si c’est ce qu’ils sont nés, ou ce qu’ils veulent être / se sentent être, des Isréaliens musulmans, ou des Palestiniens juifs, or whatever.
Peut-être que c’est juste de l’idéalisme de ma part, maybe. Mais si c’est possible, réalisable, ça viendra du peuple, des citoyens, yep. L’espoir. :-)
Oui, très d’accord aussi sur le fait que la religion vient (comme souvent) gravement foutre le bordel là-dedans.
Et c’est, de fait, un sacré bordel, historiquement aussi. La “terre sans peuple”, c’est n’importe quoi. Et dans ce bordel-là, l’Occident colonialiste, manipulateur et profiteur, a plus que sa part de responsabilité, comme d’hab’ – et ne sait pas assumer, comme d’hab’ aussi. La déclaration Balfour, à la base, c’était pas pour filer une terre aux Juifs, c’était pour protéger les intérêts des Anglais dans le coin. Les populations arabes locales ? rien à fiche, du moment qu’on barre la route à l’impérialisme français. Les immigrants juifs ? rien à fiche non plus d’ailleurs, dès que ça vire sanglant il n’y a plus personne, côté occidental. Tout comme il n’y aura personne quand le plan de partage de l’ONU dégènerera en expulsions, déportations injustes et occupations illégales. L’est plus que temps, urgentissime même, de prendre en compte tout le monde, notamment ceux que l’on s’est appliqué depuis le début à ne pas voir, et qui étouffent aujourd’hui derrière le rideau dur des paupières closes. Et tout le monde alors ne s’en portera que mieux, même si ça implique de passer par d’épineuses remises en question…
Après, une des raisons pour lesquelles je m’accroche toujours à l’espoir de voir naître cet Etat laïc, c’est aussi parce que je ne crois pas qu’être Juif, ça se rapporte exclusivement à la religion. Il y a une langue (comme tu le soulignais – alors qu’il n’y a pas de langue ‘musulmane’), une culture, une histoire, un sentiment d’appartenance à quelque chose qui dépasse à mon sens la religion. J’ai déjà entendu des personnes se définir comme Juifs laïcs voire athées – nés dans une famille juive, se sentant juifs, mais pas de confession juive. Pour comparer, je suis née agnostique (non baptisée, quoi, ce qui est en accord avec mon sentiment) de parents athées dans une famille catho ; mes parents ne se disent pas catholiques athées, et je n’ai aucun lien avec le catholicisme. J’ai pas l’impression qu’il en serait de même dans une famille juive, donc… Et au niveau des persécutions historiques, je ne crois pas non plus que les Juifs aient été visés au nom de leur seule religion (pour les événements les plus récents en tout cas – il y a eu par exemple si mes souvenirs sont bons des exemples de pogroms lancés par des groupes étudiants, pas spécialement connus pour leur ferveur religieuse – et je ne crois pas qu’avant de taper, discriminer ou envoyer dans des camps, on se soient souciés de savoir si telle personne, née dans une famille juive, embrassait toujours la confession juive ; et Dreyfus avait beau être Français, il n’a plus été que Juif une fois mis en accusation…) ; ce qui a pu contribuer à renforcer, ou forger peut-être, une identité au-delà de l’aspect religieux, aussi. Bon, là je suis clairement hors de mon domaine de connaissances, d’ailleurs je note soigneusement le book des Liens qui libèrent (quel beau nom ! :)) pour aller voir ça de plus près ^^ Je connais trop mal l’Histoire juive pour pouvoir dire ce qu’il en est à l’origine, du débat peuple vs communauté religieuse ; mais tout de même, il me semble que l’histoire contemporaine, aux 19e-20e siècle, a été fondamentale pour ce qui est de forger les nationalités, les pays tels qu’on les connaît à présent, tout ça ; et qu’alors, le ‘peuple juif’ est peut-être d’une naissance plus récente (comme un tas de notions fondamentales pour les Etats contemporains), mais en résonance avec un sentiment fédérateur pour la diaspora….
Flûte, ça y est j’ai perdu mon fil dans ce sac de noeuds ! Donc, bref, une terre sans peuple, c’était de la connerie, yep, et une grave erreur de la part des Juifs comme de l’Occident. Un peuple sans terre, je ne sais pas trop, comme je disais ; en tout cas, cette communauté pour la première fois de son histoire se trouve établie sur un coin de terre où elle ne soit pas qu’une minorité (tolérée, protégée, ou persécutée). Et a tellement apprécié que, alas alas, alas pour tous, elle a entrepris de s’assurer une domination exclusive, sans regard pour les autres populations présentes – s’appuyant pour cela, en la détournant, sur la force identitaire de la religion (ou la mémoire pervertie des persécutions, comme tu expliquais si je me souviens bien pour Hébron).
Donc euh, voilà, je crois et j’espère qu’il est toujours possible de défaire ce noeud religieux dans lequel le politique se retrouve pris et l’humain étouffé, pour évoluer vers un Etat laïc, ouvert, fonctionnant à la justice et non au racisme sous couvert de religion. Tout en étant consciente que de une je n’ai jamais été là-bas, et ne me suis donc pas pris direct en pleine tronche la dureté de la situation actuelle ; et que de deux, les histoires d’identités nationales ne sont certainement pas mon fort, à moi l’idéaliste qui ne rêve que du jour où sera créée et légalement reconnue la citoyenneté mondiale (et qui, en plus, s’est mis dans la tête et dans le coeur que cette citoyenneté mondiale serait maybe la solution pour la défense et la représentation de toutes les minorités que tu évoquais – mais bon, je dérive là… ^^’)
Ahem. C’est tout enchevêtré et j’espère que je n’ai rien oublié, mais voilà…
Et vu comme la discussion a pas mal dévié par rapport à tes notes de voyage (sorry pour ça), je tenais quand même à te dire que depuis quelques jours que tu as mis tout ça en ligne, tes mots, tes photos, tes portraits et tout ce que tu montres à travers ce voyage, ça m’accompagne sans cesse, j’arrête pas d’y penser, à cette vieille femme déroulant sa vie face à son champ dévasté, aux gosses et aux prisons, aux familles de Sheikh Jarrah, à cette église où cohabitent deux cultes, pervertissant ce qui aurait pu être un signe de partage en un odieux symbole d’occupation… Ca reste dans le regard, yep, et dans le coeur, même en ricochet…
Et je suis encore en retard, alors je file, en te souhaitant bon courage pour le bouclage des préparatifs de l’expo, et plein de reflets dans les yeux de ceux qui la verront ! :-)
petitefa a dit,
17 août 2010 à 18:03
Hey,
et pardon du retard de réponse – expo et reprise du travail aidant. Me revoilou :)
“Je continue à rêver, donc, d’un Etat qui soit une démocratie laïque, ouverte et juste”
…Idem. Je termine à l’instant le bouquin “Boycott Désinvestissement Sanctions” d’Omar Barghouti fondateur du mouvement BDS donc, et il y est expliqué très clairement que l’histoire de la solution à deux Etats ce n’est pas tenable, pas réaliste, que cela n’enlève en rien l’apartheid, et d’ailleurs – comme tu le soulignes – qu’il reste ce problème fondamental, structurel, de ce concept d’Etat juif.
(et ce book m’a collé la patate ! Revigorant)
Et donc le BDS a eu la grande idée de, d’abord, rappeler que les Palestiniens sont parfaitement capables de s’autodéterminer et de prioriser eux-mêmes leurs luttes et leurs revendications, et ensuite de synthétiser en trois points les raisons avancées pour le boycott, en s’appuyant sur le droit : les trois points sont le droit au retour des réfugiés palestiniens qui leur est actuellement refusé (vu qu’ils ne sont pas Juifs), et qui concerne plusieurs *millions* de personnes / l’égalité totale, de tous les citoyens arabo-palestiniens, avec les citoyens israéliens (y compris les réfugiés ‘de l’intérieur’) / la fin de la colonisation et de l’occupation avec notamment le démantèlement du Mur.
Bon, ils le disent mieux que moi, mais globalement il y est beaucoup question de ‘démocratie laïque’ justement, et d’une idée très simple que je retrouve assez dans tes mots : traiter Israël comme n’importe quel autre pays, (en finir avec la situation d’exception et avec l’assentiment de la communauté internationale, au passage), et se baser sur des piliers non pas idéologiques ou communautaires mais vraiment universels : droits de l’homme, justice, égalité pour tous. Des choses vraiment inattaquables, en somme.
Après, sur l’existence “voisine” de la Palestine, je ne suis pas à l’aise pour ma part avec ce terme de voisinage, parce qu’en fait, dans tout cela on *est* en Palestine, occupée certes, mais en Palestine. Cela rejoint une autre chose que j’avais des difficultés à exprimer, mais qui rejoint ce que je viens de lire, à savoir l’image assez fausse (et dont on m’a à nouveau parlé ce WE) des ‘frères ennemis’ qui se détestent, comme des voisins qui se chamaillent…
Je m’excuse un peu d’utiliser d’autres mots que les miens propres, mais ça représente vraiment ma pensée et de façon plus claire, et donc je suis contente d’avoir trouvé cet extrait car il met le doigt, impeccablement, sur ce que je voulais dire à ce propos (p.139 – l’extrait est long, mais c’est pour replacer dans le contexte de l’itw) :
“AM : un argument qui revient fréquemment à l’encontre de la campagne BDS est que le dialogue serait plus constructif que les boycotts. Comment répondez-vous à cela ?
OB : Du point de vue des faits comme de la logique, cet argument est faux. Pour les faits, il y a eu de très nombreuses tentatives de “dialogue” depuis 1993 et le lancement du “processus de paix” d’Oslo. Il y a eu de nombreuses organisations et initiatives pour le dialogue sur le terrain ; c’est devenu une industrie – c’est ce que nous appelons “l’industrie de la paix”. Vous pouviez devenir riche très vite en participant à un de ces groupes de dialogue, et en plus, ça vous donnait l’opportunité de voyager en Europe et de dormir dans de grands hôtels, mais pour ce qui est de faire progresser la cause d’une paix juste et de la fin de l’oppression, cela n’a eu absolument aucun résultat concret. La raison principale de cet échec tient au fait que cette industrie de la paix se fonde sur le principe erroné que ce qu’on appelle le conflit est avant tout le résultat d’une haine mutuelle, et qu’il faut donc une sorte de thérapie ou de dialogue entre ces deux parties en guerre équivalentes, symétriques, pour ainsi dire… Mettez-les dans une pièce (NDLR : je pourrais rajouter “ou faites-leur faire une bonne rando”), poussez-les ou forcez-les à se parler et elles tomberont amoureuses, la haine disparaîtra et vous aurez votre fable à la Roméo et Juliette. Bien sûr, c’est une représentation trompeuse et malhonnête dans la mesure où il s’agit d’un conflit colonial – ce n’est pas une scène de ménage entre un mari et sa femme. C’est un conflit colonial qui repose sur le nettoyage ethnique, le racisme et l’apartheid. Si on n’élimine pas ce qui est à la base du conflit, il ne peut pas y avoir de coexistence, du moins pas de coexistence *éthique*.”
(D’ailleurs, cet extrait me permet enfin de mettre les mots exacts sur le malaise bizarre que j’avais ressenti avec le blog de Saul Williams ! Bon c’était pour dire. Parfois ça fait du bien de tomber sur des phrases qui résonnent pile avec ce qu’on ressent sans arriver à le formuler exactement)
OK aussi sur les intérêts occidentaux bien au chaud dans la promesse Balfour… Où l’on peut retrouver d’ailleurs, et de façon assez hallucinante quand on y pense, une forme d’antisémitisme dans certains aspects de la promulgation du sionisme, sur l’air de “on les met ailleurs comme ça ils ne seront plus chez nous”, ce qui est profondément raciste, intolérant et tout ce qu’on veut…
Et puis, ah, oui, pour les complexes définitions et contours de ce qu’est un peuple, et/ou une communauté, c’est ardu et ça l’est encore plus dans ce cas, je suis complètement d’accord. Je me suis promis de ne (pas trop) acheter de bouquins avant d’avoir plié mon mémoire pas commencé (c’est pas gagné !), mais je crois qu’un des premiers ‘futurs achats’ sera celui des LQL, ouaip. Fichtrement intéressant :)
(Bon, et pour la langue, c’est également moins simple que ce que je disais, puisqu’il me semble en fait que s’il n’y a pas de langue spécifiquement musulmane, il y a une immense communauté linguistique arabe… Une des différences (doit bien en avoir plein) est que l’arabe n’a jamais été une langue morte, enfin je ne crois pas – je faisais la comparaison de l’hébreu avec le latin car le latin est une langue morte (sauf au Vatican mais bref, ils sont douze), et ceux qui veulent le réhabiliter, pour dire la messe notamment, sont plutôt des gros réacs bien droite dure, et tout. Et concernant la communauté juive (du coup je dis communauté, je ne sais plus s’il faut que je dise peuple ou quoi), il y a une langue commune, oui, vivante et très parlée et porteuse d’une culture : mais c’est le yiddish, pas l’hébreu – je ne pense pas. Faudrait que je retrouve un article de Article XI peut-être (de mémoire), où un intellectuel israélien décrit quand il est arrivé dans le tout neuf Israël et que son ami colon lui disait de parler hébreu et de ne pas faire le ‘yiddish’, de ne pas être trop poli, tout ça. (pardon pour la citation super floue !!)
Bref… Tu sais (et de fait tu le sais :) ), je rêve aussi d’une citoyenneté mondiale, universelle, et qu’on n’en parle plus. Que chaque humain sur la Planète aie les mêmes droits… droits de l’Homme tout simplement.
Et je n’ai pas encore trouvé la formule qui va bien pour exprimer ce truc de vouloir à la fois la citoyenneté et donc l’égalité mondiale (sans verser dans la tyrannie ni le totalitarisme) et l’indépendance et l’autodétermination des peuples (sans recommencer à rejeter les autres, etc).
Mais j’avoue qu’en attendant d’éclaircir mes idées sur ça, je suis très très contente d’avoir fini “BDS” parce que le caractère universel, égalitaire, non violent et la revendication d’une position éthique sont vraiment au coeur de ce type de militantisme – sans compter que le boycott comme arme des pauvres, ça me parle ‘achement aussi :)
…Merci pour tous tes commentaires, qui ne dévient pas le sujet loin de là, et merci infiniment pour tes derniers mots, qui me sont allés droit au coeur. Ricochet de ricochet…
J’ai eu l’occasion de constater (pour l’expo mais aussi, comme maintenant, pour le blog, ou autre) que pour les empathes, c’est un cadeau encore plus empoisonné. Très sournois, quelque part… devoir faire partager la souffrance pour tenter de faire avancer la justice… et de retrouver dans les yeux ou dans les mots des autres cette sincérité douloureuse, cette fêlure, que j’ai transmise… mais je ne crois pas qu’on puisse faire l’économie de cette étape-là.
En sachant très bien que certaines personnes feront “oui, oui” et passeront à autre chose, que d’autres seront intéressés voire scandalisés, et que quelques un-e-s enfin, comme toi, comme une amie samedi qui avait le regard chaviré, seront retournés, contaminés, en quelque sorte. Ah, ce n’est pas de gaieté de coeur. Je pense bien à toi traversant des instants comme ça, tu dis en toute honnêteté que ce n’est pas ton regard direct (je reconnais bien là ta manière si respectueuse envers autrui :) ), mais grâce ou à cause de ta lecture, de tes pensées et de tes impressions, voici que ton regard à toi est quand même présent, et pas n’importe comment, et voici que tu décris ton feeling comme si tu revenais de voyage – et… je ne sais pas quoi rajouter. Juste se serrer les mains et échanger des graines ^_^
Bon. Quand est-ce que tu vas à Wounded Knee ou par là ? ;)