* Second checkpoint avant la mosquée, Hébron *
« DON’T COME HERE »
Le matin même, de cette ville nous ne connaissions surtout que le récit, d’une voix rauque et hachée, par notre guide, d’un décor particulièrement écoeurant.
Maintenant nous sommes dans la ville, en taxi collectif, puis à pied. Il y a des checkpoints partout, certains à quelques mètres seulement des suivants, de niveau d’agressivité variable. Le contrôle peut prendre dix secondes ou bien dix minutes, selon l’humeur du soldat, le temps qu’il fait peut-être (les grands soleils caniculaires semblent ainsi très adéquats pour faire poireauter les gens des heures entières en pleine fournaise), la haine et le mépris appris dès l’école et l’âge du capitaine. (NDLR : oui, une certaine amertume se dégage de mes notes à ce moment-là). Capit-haine.
* Pierre gravée, mosquée *
Nous allons vers une mosquée qui est à 70% occupée par une synagogue. La phrase est étrange à écrire, pourtant c’est bien cela. Mosquée au départ, le bâtiment est donc utilisé pour partie comme synagogue. A double entrée, la « muslim » entrée implique bien sûr un long détour à pied (on commence par comprendre le principe, à force) pour finir par atterrir au même passage que celui de la « jewish » entrée, directe. Cette dernière est d’ailleurs fermée aux non-juifs car c’est Shabbat, l’on nous indique que les « no muslims » ne peuvent donc pas entrer par là. (Il faut s’y retrouver…).
* Stèle sculptée, mosquée *
Le lieu est à la fois vide et très plein, j’ai la sensation physique que la spiritualité s’exprime visiblement mieux ici que dans les églises surchargées. La découverte de tout ceci, enroulée dans un foulard ainsi qu’une cape qui me laissent des impressions très mélangées (tranquillité, observation, mais aussi un peu d’invisibilité), est passablement biaisée par la frontière invisible, comme tout ici, qui sépare les parties « mosquée » et « synagogue ». De nombreux éléments historiques du bâtiment montrent ses origines musulmanes ; cependant l’occupation se fait également sur le terrain religieux et culturels, par des débats sur les reliques, les vieilles pierres gravées, les tombeaux, etc. afin de déterminer s’ils sont juifs ou musulmans.
* Stèle sculptée, détail *
Je voudrais parler plus longtemps du voile. Je manque de temps, à nouveau.
* Pierre ancienne gravée, détail *
A la sortie, les soldats des trois checkpoints successifs (installés tels quels pour accéder à la mosquée) sont imbuvables, comme d’habitude. Il devient ardu de ne pas, à son tour, se laisser gagner par une certaine hostilité, une facilité projective. Mais quand je les vois, même si je sais qu’ils sont très conditionnés, je ne peux me retenir de penser des choses comme « assassins d’enfants ». L’épisode Ahmed ne passe pas, pas du tout.
* Entrée séparée *
La vieille ville d’Hébron est bouclée de toutes parts. Les trois quarts des magasins sont fermés pour cause de Shabbat, ce qui donne au décor (déjà bien délabré) un aspect morbide. Les colons ont totalement envahi ‘Old City’.
* Lumières, mosquée *
Nous entrons, via des marches étroites vissées au creux d’une ruelle minuscule, dans un logement absolument misérable. Personne ne parle. Des enfants jouent sur la petite terrasse, face aux soldats postés dans les guérites suréquipées des terrasses avoisinantes, à dix mètres de là.
L’histoire de cette famille est à pleurer. Les colons entrent quand ils veulent dans ce qu’il faut bien appeler un logement, les soldats ont placé une grosse pierre qui bloque la porte d’entrée en position ouverte. Et il n’est pas besoin d’être pédopsychiatre pour deviner que l’une des petites filles a de gros problèmes de développement psychomoteur (pour ne pas dire plus), elle présente des stéréotypies gestuelles, un balancement permanent, un retard de langage et de propreté, pour tout dire elle se balance et bave, non loin des soldats. (Remarque personnelle. Ce n’est pas ici qu’elle bénéficiera des soins appropriés qui sont délivrés à grand frais (et avec de la motivation) en Occident.)
L’on nous dit qu’un jour, ils ont mis le feu à l’étage dont nous voyons actuellement les décombres, sans que je sache si ce « ils » se réfère à l’armée ou aux colons.
Un enfant est mort brûlé, un autre asphyxié.
Il reste huit enfants, dont la petite atteinte de troubles graves.
* Mosquée, Hébron *
Depuis le toit de ce même immeuble endeuillé, on aperçoit une curieuse terrasse bombée en son milieu, comme si le carrelage était soulevé (il l’est, de fait) : il s’agit en réalité d’une autre mosquée, avec une maison construite tout autour par les colons.
L’impression de surréalisme, mais aussi, et pire, de trop-réel, ne faiblit pas.
* Capuches et kippas *
