* dessin de colombe, Ma’sarah *
« NO MORE BLOOD »
Après-midi, pour une fois, de pause.
Après réunion, nous décidons de rester ici ce soir encore, car il y a eu beaucoup d’internationaux à cette manifestation et à la précédente -français, italiens, anglais, canadiens, américains, etc-, et donc les soldats vont probablement faire des incursions nocturnes.
L’on nous explique que notre présence peut être, diplomatiquement, un frein à ça. Comme on nous a posé, un peu partout, l’importance cruciale de la présence d’internationaux dans les manifestations, car ainsi les arrestations sont plus difficiles, et les tirs à balles réelles remplacés par des balles en caoutchouc (pour les balles, c’est du moins la rumeur qui courait à notre arrivée. Mais le premier jour nous avons rencontré un caméraman accompagnant de jeunes militants, qui avait été blessé au menton).
On marche un peu dans Ma’sarah. Discutons ça et là avec les habitants, les (très rares, peut-être deux) commerçants.
Là je note que la persévérance et l’activisme que nous voyons depuis le début, sont quand même le fait des gens qui rencontrent les internationaux, les hébergent, montent et tiennent des associations, participent à la politique, tout ça. Mais tous les Palestiniens ne fonctionnent pas ainsi, et là, dans le bled de Ma’sara,h on croise des personnes plus pessimistes, yeux rouges, discours décousus, peu d’espoir.
On est devant une petite échoppe de la taille d’un couloir, le vieux monsieur nous dit que ça ne sert vraiment à rien, ces manifestations, tout ça, qu’on est là pour rien, tandis qu’une dame (son épouse, sa sœur ?) nous fait entrer avec le sourire, déplie des chaises dans l’espace minuscule, nous sert des limonades. M. et J. nous relate un nombre d’histoires sur l’inhumanité de la colonisation, qu’il y a des résistants qui se sont pris deux cent balles dans le corps.
Malgré tout, ils continuent de résister, conscients qu’un jour ils retrouveront leur terre. Ils savent, et ceci est tellement triste à entendre, qu’ils n’assisteront pas, eux, à cette indépendance. Mais la résistance se transmet.
Dans la foulée, un jeune de 16 ans, très sympa, un peu costaud, vient à notre rencontre, discute le coup, en anglais, et nous guide à travers les ruelles puis nous amène sur ses terres, quelques oliviers, des serres de légumes, des chèvres. Le style ferme familiale, avec la boucle de fil de fer bricolée pour tenir le portail tout de guingois, image familière (il me regarde d’ailleurs fermer ledit portail derrière moi, et tout aussi étonné que moi je le suis que nous partagions ce détail si prosaïque, me dit « ah, you know »).
Il nous montre où sont situées les colonies et les chemins du maquis alentour. En nous précédant, il lance des pierres dans les buissons bas pour faire fuir les serpents, nouvelle image du quotidien, exactement comme le ferait le même ado zonant dans les champs, pieds nus dans ses baskets. Nous montrant encore la vallée quasi désertique, en contrebas, il dit que par là on peut éviter des checkpoints.
Il faut une heure trente, à pied, pour aller de Jérusalem à Bethléem.
Une heure trente à pied… quelques kilomètres.
Les distances paraissent énormes (du fait aussi des nombreux détours en voiture ou en taxi collectif pour contourner les axes bloqués et barricadés), les murs, infranchissables, les Palestiniens qui nous hébergent disent qu’ils n’ont pas vu Jérusalem depuis des années, que leurs enfants n’ont jamais vu la mer. Et il n’y a pas plus que quelques kilomètres, ou dizaines de kilomètres, entre tout ça.
Minuscule. Inimaginable.
Enfin, il nous emmène voir les grottes des ancêtres, petits trous de berger en pierre, à moitié enfoncés dans la terre, maçonnés sur l’avant, très bas. Ces grottes constituent un patrimoine historique, mais ne sont aucunement entretenues, faute de moyens.
Puis les serres où, dans la nécessité vitale d’accéder à l’autonomie alimentaire, ils font pousser des tomates, des concombres, de la menthe, etc.
On passe un moment « en famille ». Nos hôtes ne veulent jamais rien en cadeau ou en aide, alors on prend de grands sacs de bonbons pour les enfants.
Je passe un temps très agréable, apaisé, avec une des petites filles de la famille de J., une minette de 9 ans très tonique, avec qui je communique par gestes et par dessins. On se chante des petits trucs, je lui fais une tresse et sa sœur veut absolument la même cinq minutes après, et je fais là, sur mon petit carnet, ce que je fais tous les jours à mon travail, en France. Dessiner avec des enfants, et parler du dessin, support d’échanges de traductions, en arabe/anglais/français.
Beit, la maison, house.
Farrachah (avec exercice de prononciation !), le papillon, butterfly.
Nos prénoms, en écriture latine et arabe.
Elle comprend tout, a un esprit très vif, et en même temps est très câline. On se touche beaucoup, ici, le contact physique n’a pas le même sens intrusif qu’en Occident. Je dis à son père que cette petite a vraiment des capacités, sans doute même un peu en avance pour son âge. Il est content du ‘diagnostic’.
En reprenant cela, je reporte le chiffre lu ce matin dans Courrier International, qui me fait complètement penser à la situation de la petite R. : si 57% des Palestiniens sont sous le seuil de pauvreté, leur taux d’alphabétisation est de 92%.
* champ d’oliviers, Ma’sarah *
Soirée à Ma’sarah, petit apéro (au jus de fruits bien sûr) collectif, pour un debriefing de la manifestation au medical center, futur hôpital de la communauté de villages (qui est censé être fini quand la route sera construite), coucher de soleil devant un paysage magnifique, ne serait-ce les colonies, et évidemment, le Mur.
Nos hôtes nous questionnent sur nos impressions de la manifestation, sur nos interrogations. Des choses très belles sont alors prononcées, par notre ami avocat, par d’autres, par A. (notre doyen-de-voyage qui fait des vannes linguistiques, et fait rire tout le monde, en priant pour le jour où la planète entière parlera arabe, Inch Allah ! Mais il est fou celui-là !). Voilà, les Palestiniens sont toujours comme ça, tristesse et joie mélangées, insécables, un truc de Roms, un peu. Je me fissure à nouveau, et ne démérite pas de ma réputation toute neuve de pleureuse, ça déborde, ça déborde tout le temps. Et puis on passe une douce soirée, on boit du Pepsi à la belle étoile.
Nous échangeons, sur la manifestation puis sur leur vie en général. Nos hôtes sont très tristes de nous voir partir si vite, mais heureux que nous ayons été là pour peser un peu sur la manifestation.
Il y a un message poignant, nous demandant de transmettre, à nous qui sommes libres de nos mouvements, qui pouvons passer les checkpoints facilement avec nos passeports français. Eux, ils savent quand ils partent mais pas quand ils arrivent.
* chemins de campagne vers Bethléem *
Précise aussi qu’ils estiment tous (on a dû leur poser la question des dizaines de fois, et c’est un classique des argumentaires de l’occupant) que la Shoah a été quelque chose d’ignoble. Ils sont si souvent accusés de terrorisme et d’antisémitisme qu’ils sont souvent dans cette justification-là. A nouveau, ils tiennent donc à préciser clairement qu’ils dénoncent l’Holocauste, que le problème n’est pas religieux mais territorial.
Ainsi que dans celle de la religion, donc. M., celui qui avait ce matin mis sa plus belle chemise pour aller manifester et parler de liberté debout sur une pierre, nous aura dit aussi sa joie de voir arriver des internationaux si différents, de tous pays, couleurs, milieux, confessions religieuses. « We are OK with all religions. This is not about religion ». Ils sont heureux de recevoir tout le monde. Tout le monde acquiesce, parmi nos hôtes Palestiniens ainsi que dans le groupe.
M. tient à préciser qu’ils ont pour modèle tous les opposants à toutes les occupations. C’est extrêmement important pour eux de suivre ces modèles idéaux.
Et puis, la nécessité vitale, pour eux, de voir des gens de l’extérieur, de ne pas succomber à l’isolement imposé. Effet miroir, il se dit admiratif par notre démarche et notre voyage, de venir les écouter et les soutenir alors que le monde entier les prend pour des terroristes. « Just humans, everybody ».
* grotte des ancêtres, intérieur *
H., en tailleur sur la rembarde, traduit, calmement.
Je ne me rappelle pas de chaque mot, mais bien de la dernière phrase, où elle dit « …et il trouve que ce que nous faisons est grandiose ».
Cette phrase me chavire. Parce que je sais que c’est faux, je vois ce qu’il veut dire, et pourtant. Je vais (air connu maintenant) sangloter un peu plus loin, M. (celui du groupe) me rejoint, je lui dis, mais comment peut-on faire, comment peut-on faire. Ce n’est pas nous qui sommes grandioses, nous on ne fait rien, nous n’avons pas de pouvoir, c’est eux, c’est eux. Tous les Palestiniens qui résistent chaque jour par le simple fait de vivre. Tous ce gens qui vivent au quotidien sous cette occupation atroce. Qui ont assez de dignité, de respect, de courage, pour ne pas, je dis bien ne pas, prendre les armes, et plutôt aller faire des études supérieures, depuis le fond de leurs logements si pauvres.
Ce soir-là, fugace, dans ce cercle de parole, sur les chaises en plastique posées sur la terrasse en travaux, dans la nuit qui commence, passe quelque chose comme une image de paix, de dialogue entre les peuples.
De possibilité, simple, sereine, de cultures qui se parlent et se mêlent.
De respect, et de bien plus que ça.
Impression légère, indescriptible, d’être traversés, ensemble, par un souvenir évident, tenant à la fois du passé et de l’avenir.
* grotte des ancêtres, Ma’sarah *
« FEEL ALONE »
A quelques uns, nous discutons jusque très tard dans la nuit chez J., qui nous remercie encore une fois, et revient sur la nécessite de transmettre. « Tell what you see here ». Car, entre autres, depuis toutes ces années de conflit et d’occupation, parfois… « We feel alone ». Il milite depuis de longues années, il connaît bien la situation politique, les problèmes dans les partis palestiniens. Il pense que le futur est sombre, mais « il n’est pas question de ne pas se battre pour récupérer nos terres, car cela est aussi naturel que boire ou respirer. »
J. nous relate l’impossibilité de la vie quotidienne.
L’eau ainsi que l’électricité coûte plus cher pour les Palestiniens que pour les colons. Ils sont obligés d’acheter l’eau aux Israéliens. Pour cette raison (et toujours en plein pays désertique), la récupération de l’eau de pluie est interdite.
La paupérisation est extrêmement difficile à supporter.
Puis il développe sur ses six séjours en prison, pour un temps total de deux ans.
Parmi sa fratrie, un de ses frères a fait deux ans, un autre, quatre ans, le tout en continu.
Un de ses amis est incarcéré à perpétuité, pour une raison dérisoire.
Rappelle quelques chiffres sur la prison (une présentation de la situation des prisonniers palestiniens nous sera faite, à voir plus loin dans les notes).
11 000 Palestiniens incarcérés, dont environ 400 enfants, « under age », et dont plus d’un millier à perpétuité.
* grotte des ancêtres, Ma’sarah *
Lors de son premier passage en prison, J. a passé directement 45 jours au trou. En isolement total. A dormir par terre, sans aucun sanitaire, aucune hygiène possible. (Et l’on sait à quel point, dans la culture arabe, et pas seulement pour les ablutions religieuses, la propreté est importante). Il fait le geste, avec ses mains. « I didn’t wash my face during this time. 45 days » / Je n’ai pas lavé mon visage durant tout ce temps. 45 jours dans une cellule de 2 mètres sur 1 mètre.
Ensuite, plusieurs périodes de plusieurs jours chacune dans une espèce de cellule où on ne peut tenir que debout, de 50 cm sur 50 cm, un placard de béton, intolérable.
Ou bien alors, rester les mains levées pendant sept heures.
Ou encore, passer plus de douze heures accroupi sur un tabouret.
Description de tortures, de privations sensorielles, d’humiliations permanentes, que le tranquille, le survivant J., les yeux un peu dans le vague, conclut par un euphémisme : « it was not easy ». / Ce n’était pas facile.
* serres agricoles, Ma’sarah *
Les fois suivantes, J. est aussi allé au trou, mais moins longtemps. Il est plus de minuit. J. est calme, il déroule lentement ces histoires terribles. Son attitude est impressionnante. Son récit, serein, tragique.
A un moment, il dit « iron, iron » / du fer, du fer. Et je ne comprends pas bien. Alors il se lève, monte une nouvelle fois sur le petit tabouret bas, pour nous montrer, comme un mime, ce qu’il a vécu dans sa chair avant de le mimer, il s’accroupit dessus, joint les mains dans le dos, et dit encore « iron ». Je comprends quelque chose autour de menottes, d’être accroupi avec des menottes.
(Ceci sera éclairci un peu plus tard, à la visite de l’ancienne prison d’Alfara).
« The most terrible at all… » (là mes notes sont directement en français) « …je veux dire, ils peuvent tout me faire, me torturer, m’humilier, m’étouffer la tête dans un sac, ils peuvent me couper ‘into little pieces’ (en joignant le geste à la parole), c’est pas grave. Mais le pire de tout, c’est quand ils prennent votre famille. Votre femme, vos enfants. Qu’ils leur font des choses terribles et qu’ils vous obligent à regarder. »
* champs et colonie, région de Ma’sarah *
Interrogatoires interminables, usure psychologique, aussi.
Avant d’être interrogé, J. passait plusieurs heures dans la pièce voisine, à attendre son tour, terrifié, en écoutant les coups, les pleurs, les hurlements du prisonnier en train d’être interrogé et torturé, « à la question » comme du temps des Inquisiteurs. « Can you imagine how he felt, hearing those cryings and shoutings and waiting for our turn ? »
Nous comparons avec les récits de la guerre d’Algérie. Il acquiesce. Et ajoute que pour eux, ici en Palestine, l’Algérie est un modèle, car là-bas tous les opposants à la colonisation ont su s’unir pour vaincre (bon, et pour s’entretuer après la libération, certes).
J. n’est pas désespéré, mais pas optimiste non plus. « The future is dark ». Il rejoint l’impression dont nous lui faisons part, que les jeunes sont généralement plus optimistes.
Lui et tous ceux à qui nous parlons sont extrêmement, fondamentalement, choqués et scandalisés, d’être, * eux *, traités de terroristes.
Et de même que les autres Palestiniens rencontrés, il nous remercie encore et encore, et nous prie d’aller apporter la vérité en Europe, de contrer les médias, en racontant la réalité de la Palestine occupée. Une nouvelle fois, je me sens très honteuse de mon sentiment d’impuissance totale et d’inefficacité, de ce fatalisme éhonté qui est absolument non présentable face à de telles demandes d’aide et de messagers.
* champs et route, région de Ma’sarah *
Nous lui disons que le lendemain nous nous rendons à Hébron, et que cela n’a pas été possible (pour les missions civiles) d’aller à Hébron pendant des années. Il nous répond, toujours aussi tranquille : « à Hébron vous allez voir les pires colons de tout Israël ». Je me demande comment cela peut être pire que ce qu’il vient de passer une partie de la nuit à nous raconter. (Note d’après : il se trouve qu’en fait il a raison).
Avant de partir -déjà-, nous laissons un peu de sous pour l’association du village, le Alshmoh Center, dont je n’ai pas parlé.
La séparation avec Ma’sarah et ses habitants est si émouvante. Nous nous promettons mutuellement de rester en contact, par mail, et de nous revoir, ici ou (« Inch Allah »), en France.
Au moment de partir, nous attrapons un dernier élément au vol : nous n’allons faire que quelques kilomètres (20 ou 30 peut-être, je ne sais plus), mais les enfants de J., eux, n’ont jamais vu Jérusalem. La plus petite est une véritable boule d’énergie, celle avec qui j’ai joué et dessiné, avec qui nous avons écrit nos noms, en latin et en arabe, celle qui éclate de rire à chaque instant. Little Farrachah.
Tout le séjour est à cette aune : la moindre minute nous offre son flot d’informations, de chocs et d’admirations, « à la fois heureux et tristes » comme le disait un de nos hôtes de Ma’sarah, nous traversons dans les décombres, incrédules et en larmes, le tourbillon brûlant des paradoxes.
* coucher de soleil, Ma’sarah *
…Des mille choses que nous avons vues, des chocs sur chocs qui nous ont fissuré les yeux, de toutes les personnes incroyables que nous avons rencontrées, de ces lieux impossibles et si vivants, de tout cela, c’est à Ma’sarah que je songe le plus souvent. C’est Ma’sarah qui est dans mon cœur. Quand je me sens fuyante, ou lâche, ou cynique, c’est à ce cercle de chaises en plastique que je pense. Quand je sens les compromis me pendre au nez, c’est à J. que le pense. Et durant tous ces inexcusables mois de découragement, de lâcheté et de fainéantise que j’ai passés à ne rien en dire, ou si peu, avant de vraiment construire ce blog, et reprendre mes notes, c’est Ma’sarah qui m’a suivi, vissé, c’est la voix de J. qui m’a, en définitive, tenue.
Quelques nouvelles de J…
Hi
How are you our friends?hope that everything is going greatI would like to say many thanks for all of you for your supporting and kindness…really I appreciate that from you all..
Its so important for us as Palestinians to have such support and will be more efficient to let all the world know whats going on the ground in Palestine and I think that you are the good messengers who will do such a thing and we also hope to found ways to help us in Alshmoh Center which gives a lot of services in the villages around.
I was very happy also to invited all of you in my house it was really great
many thanks to you again
hope to here from you soon
J
Puis, un mois plus tard, dans un autre message…
Last Friday the Israelis came to the the village and they made lot of bad works and they stopped us for many Horus in the street under the sun.
Dear friend
As you know and see in the village also around the wall the life is not easy and dint know if its possible to find some thing or a way throw any associations that can help people especially in Ramadan
According to me I’m OK I’m still fighting to find a chance to complete my studying outside Palestine and I hope that I could do it one day
send my regards to all people there
take care
Et ici, la transmissioni par H. d’un message de janvier 2009, au moment de la guerre de Gaza :
Dear friend
Yes the picture now days in Palestine became more clear and the land start talking about the reality and no ways for excuses for all world I think its the time for true people and nations all over the world to say its enough!!no more occupation no more wall no more blood ..its the time for the world to know that we are humans and we have the right to be part of the world ..
what I wanna say is you know it ..I said it before they didn’t want us to be in our land they want to delete us but they didn’t know that no one can delete the other ..
its hard to describe the situation in words its hard to talk about how much they didn’t want us no words in such mad and stupid ware..yes ware against nothing against kids and normal people whom they suffering since long time…every country want to pass there agenda throw this poor Palestinian people..why because God want that!!or because we are eat with our legs and have several moth’s and our heads behind our shoulders!!!may be we are not like others who can think and dream and smile…
Iam sorry to say that but its hard …very hard ..iam writing for you and my tears full my my eyes as others who see his kids die in front of his eyes at that time i hung my kids between my arms i afraid about them but i took them with me at the demonstration against the wall
I still see the light but it need allot to be free especially among this weakness in the world.
Thanks a lot that you ask about us in Massara we are still do our demonstrations and working to make it better and I trust you and your feeling






