* Nazareth – bidons sur le toit *
“OCCUPATION IS A PLAN”
Nazareth – rencontre avec le syndicat Labour’s Voice
Labour’s Voice est le syndicat qui défend les droits des travailleurs arabes israéliens ainsi que des chômeurs. Reprise des esprits, et des chiffres, et cela dépasse, ici aussi, l’imagination. (là-bas on nous passera des DVD documentaires que je me suis fait piquer en même temps que mon drapeau des prisonniers !)
Petit état des lieux des Palestiniens au travail.
Mais d’abord, un mot sur l’histoire du syndicat.
Il a été monté par des Palestiniens travaillant du côté israélien en 2000. Leur première action date d’octobre 2000, dans un esprit de solidarité entre les populations palestiniennes intra- et extra-Territoires Occupés.
En 2000 donc, a eu lieu un “big clash” avec la milice israélienne, qui a fait trente morts.
D’après les membres du syndicat qui nous reçoivent, la division du peuple palestinien est causée par la colonisation. Ainsi, le syndicat Labour’s Voice constitue le premier rassemblement palestinien depuis la Naqba.
Le syndicat est la première institution qui défende les Palestiniens du côté israélien. Mais ils n’ont aucun droit. Au début de l’Intifada, des arabes israéliens se sont fait agresser, à la fois par la population et par la milice, ce qui a occasionné dix morts et une centaine de blessés.
Le syndicat mène campagne contre l’agression que vivent les Palestiniens sur les terres estampillées israéliennes. “L’Europe ne nous connaît pas, l’Europe ne sait pas que plus d’un million de Palestiniens vivent sur les territoires de 48″.
(j’avais tout un gros compte-rendu, plein de chiffres et tout, en anglais, qu’elle nous avait donnés, et je me le suis aussi fait ‘emprunter’ en même temps que le DVD du syndicat…)
…Mais elle nous conseille d’aller voir le rapport sur les camps de réfugiés depuis 20 ans, sur le site du Centre de Documentation des Palestiniens Résidents et Réfugiés, BADIL.
Etat des lieux, donc :
Les Palestiniens composent ici 22% de la population, dont la moitié de chômeurs. Pour les Israéliens on ne compte que 16% de chômeurs environ.
En nous décrivant la situation, catastrophique, et la lutte incessante du syndicat pour les droits des travailleurs, les deux personnes du syndicat amènent un élément qui nous choque particulièrement :
souvenons-nous que l’appartenance des terres aux Palestiniens est, clairement, prouvée par les papiers ottomans. Bon. (Attention, l’aspect tordu de la chose est tout bonnement hallucinant).
Tout est officiel, mais non reconnu par les autorités israéliennes, qui, soit prétextent un intérêt public ou autre, soit ignorent purement et simplement, et volontairement, de prendre en compte ces titres de propriété tout à fait officiels.
Or, il se trouve qu’il y a tout de même quelques Israéliens au chômage, et que pour percevoir la couverture sociale en case de chômage, il ne faut pas être propriétaire de son logement. Pour cette raison, les colons achètent les maisons, mais pas les terrains, terrains que d’une part, ils louent à une ‘vaste organisation’, et d’autre part, terrains dont les colons se rappellent comme par magie l’appartenance, et se souviennent alors de la réalité administrative de ces titres de propriété ottomans. Donc, ils peuvent ainsi toucher les droits sociaux (les allocations chômage, si on veut), puisque ce sont bien les Palestiniens qui sont officiellement propriétaires… des terres qu’ils leur ont prises !
Cela fait peine à dire, mais on est en face de cela : ça ne fonctionne pas qu’à l’émotion, non, oh non. Tout est calculé est planifié. « Occupation is a plan ». Machiavélique.
* Nazareth, quartier palestinien *
Un autre exemple saisissant du caractère stratégique, et systématisé, est l’accession à l’emploi.
Il est prévu que l’entrée à l’Université n’est pas possible avant 21 ans, alors que le lycée se finit, comme chez nous, à 18 ans. Que faire pendant ces trois ans ?
Pour les colons, cela tombe bien, c’est précisément l’âge et la durée du service militaire, qui dure trois ans (deux, je crois, pour les filles).
Mais pour les Palestiniens, le service militaire est interdit, puisqu’il faut être de confession juive pour y être inscrit. Donc, en pratique, les jeunes Palestiniens sortis du lycée bossent tant bien que mal pendant trois ans, des petits boulots quoi, et ensuite ils n’ont plus envie d’aller à la fac.
Et s’ils y vont tout de même pour apprendre un métier ? Et bien des secteurs entiers de l’emploi leur seront fermés, toujours pour les mêmes alibis de sécurité : informatique, technologies (les secteurs où Israël est d’ailleurs précisément pointu). En outre, de nombreux secteurs professionnels, de toute façon, requièrent d’avoir effectué son service militaire pour y travailler.
Il faut se rendre à l’évidence. Le système est pensé, et pensé pour être verrouillé.
Il faut bien, là encore, garder en tête que l’argument religieux n’est qu’un outil.
Le problème, le noeud, c’est le territoire.
La terre.
Pour appuyer cela, un angle de vue hors « arabes israéliens ». Les Juifs qui vivaient en Palestine, avant 1948, étaient très peu nombreux, plutôt religieux, et basés pour l’essentiel à Jérusalem la studieuse. Vivant de manière traditionnelle, c’est-à-dire pour schématiser, avec beaucoup d’enfants et peu de moyens, ils ne correspondent pas du tout à l’image du colon moderne, du « sioniste » comme l’on dit ici, ne sont pas vraiment intégrés à la société version occidentale et au mode de vie « Tel Aviv ». Par contre, ils sont tout à fait utiles en termes de « publicité » de l’image qu’Israël voudrait se donner.
De façon indirecte (et à mon regret, même si je suppose que cela aurait été probablement pénible, de ne pas avoir échangé plus directement que ça avec des Israéliens, civils et /ou militaires), le tableau « intra-israélien » qui nous est brossé est celui d’une société raciste, segmentée, discriminant les gens de sa propre confession, les Juifs Palestiniens donc, notamment, mais aussi les Juifs éthiopiens, les falagahs blacks qui se fadent tout le temps les postes pourris de checkpoints.)
Tout le jour, nous aura suivi ce terme, « confiscated ». Les discussions entre nous sont riches, bientôt vives, les personnes commencent (est-ce une bonne idée…) à se déterminer en fonction de ‘taux’, de quantum de pessimisme ou d’optimisme. Ce soir-là, une amie reprend mon expression un peu naïve mais encore en moi, de « ne pas leur faire cadeau de notre pessimisme ».
Maintenant, recopier ces mots me fait souvenir de la réaction douloureuse de A., notre doyen-de-voyage (si tu m’entends !), qui en est à son troisième ou quatrième séjour, et qui ne peut que constater, à chaque fois, que c’est pire.
« EN LAMBEAUX, EN MORCEAUX, TENACE »
La nuit venue, je recopie le quatrième de couverture d’une revue qui me passe dans les mains, « De l’autre côté » n°4, édité à La Fabrique Editions par l’UJFP (Union Juive Française pour la Paix). J’aurai, aussi, vu passer de très fournis numéros des « Etudes Palestiniennes », mais en attendant voici l’extrait :
« Pour Hanna Arendt, la partition de la Palestine ne pouvait fonctionner que dans une Fédération qui aurait l’avantage d’empêcher l’établissement d’une souveraineté dont le seul droit souverain serait le suicide. Et c’est bien au suicide que les Israéliens poussent les Palestiniens. Bombes humaines, collaborateurs, refuge de l’intégralité de la religion, carences alimentaires, illettrisme, rêves d’une improbable patrie, barrages, barrages, barrages, la queue, attendre, un permis pour passer, un permis pour se rendre à l’hôpital, un permis pour visiter sa famille, vivre tout de même, comme l’herbe folle, tenir entre les pierres du mur, de la route, tel est le territoire palestinien, en lambeaux, en morceaux, tenace. »
* Nazareth, verre bleu – j’ai parfois, alors, besoin de photos comme ça *
SAY WHAT YOU SEE HERE
Association of Forty, in the North
Cette association existe depuis 1988, « arabs and jewish together. They want Israel to recognize villages. ». The Association of Forty, comme son nom l’indique, a été créée car il s’agissait de reconnaître l’existence de 40 villages dans les Territoires de 48, mais aussi pour les 40 ans d’Israël.
Dans le Sud, toujours des Territoires de 48, il est question de 65 villages non reconnus. Un membre de l’association estime qu’environ 100 000 personnes vivent dans tous ces villages « unrecognized ».
Il poursuit, sur son propre village : en 1965, Israel encercle tout le village, les fait aller à Nazareth. Quand ils essaient de raser le village, les collines les en empêchent. Face à ce qui devient alors « a lot of unrecognized villages », se fait jour la nécessité de monter un grand mouvement pour contrer l’occupation.
En 1992, grâce à l’association, une vingtaine de villages (du Nord et du Sud) ont pu être reconnus. Le professeur Rassim Kamas y est très célèbre, l’on dit qu’il aide beaucoup pour les infrastructures.
A l’heure actuelle, l’association of Forty a deux missions : continuer à faire reconnaître officiellement les villages, et presser Israël pour qu’ils s’occupent des 20 villages déjà reconnus.
« La municipalité (arabe) de Nazareth voulait aider le village où nous sommes, mais la pression gouvernementale les en a empêchés. »
« At least, we have water in this village… but Israel refused to get the motor. The High Court said no. They just want … » (?).
On nous dit encore qu’Israël fait ce qu’il veut avec la loi. Ce qu’ils veulent, c’est que le village disparaisse. Quand un village n’est plus enregistré sur les cartes, c’est plus facile de ne pas entretenir, ou installer, l’électricité, le réseau de l’eau. Ici nous -les Arabes israéliens- avons une adresse pour les taxes, oui, mais pas dès qu’il s’agit d’inscrire les enfants à l’école.
Une adresse quand ça les arrange.
« Tu sais, Israel a déjà détruit 450 villages. Maintenant, avec la pression médiatique internationale, ils sont obligés d’aller très sinueusement ». Et l’on nous conseille à nouveau de visiter le website pour les données chiffrées.
Pour cet entretien, nous avons été reçus (et si bien) à la terrasse d’une des maisons « sans adresse », parmi d’autres maisons, et d’une chèvre broutant pas loin. En dépit de la lourdeur des chiffres et des sournoiseries gouvernementales ainsi développées, l’ambiance est en fait plutôt détendue, le café à la cardamome, divin, les hommes, liants. On parle de la France, on rit un peu. Le village, oui, existe bel et bien. Dans la réalité. Et la conclusion est une fois de plus simple et claire, bien loin des clichés propagandoïdes de violence terroriste et de fanatisme religieux : « Say what you see here. »
* Eglise de l’Annonciation, ombres *
“WHERE IS THIS VILLAGE ? WE DON’T KNOW”
Village El Ayim, proche de Nazareth
« Avant, on pouvait trouver des sources partout sur la colline ».
La surface des terres était de 16 000 hectares. Depuis la « land confiscation », la confiscation des terres, elle est descendue à 4000 hectares, le quart. « And they use the rest for military training » / Ils utilisent le reste pour l’entraînement militaire. C’est la première raison.
La seconde est la « confiscation for public reasons » : écoles, administrations, etc. Raisons « publiques » uniquement destinées aux Israéliens.
Les Palestiniens de 48, interdits de retour dans leurs terres initiales, ont récupéré des terres « abandonnées ». Ces terres appartiennent maintenant à l’Etat.
Et ceci se poursuit bien sûr par l’établissement d’une nouvelle colonie : « They want to make a new colony », ceci en annexant des terres de 57, en prétextant (les Israéliens) qu’ils ont de nombreux immigrants arrivés depuis 1990, depuis la fin de l’Union Soviétique en fait, et que la plupart d’entre eux sont établis dans Nazareth et ses alentours. Ainsi ils établissent 4 quartiers juifs (le nom du village est Ein Mahil), dont 2 sont déjà prêts.
Un fermier nous explique qu’ils lui ont pris les 40 hectares qu’il avait, et lui ont détruit l’intégralité de ses oliviers.
Une nouvelle manière de forcer la population palestinienne à décroître, est de faire entrer dans les esprits le transfert, l’émigration. « Pas en nous tuant, comme en 48, mais en bloquant toute possibilité pour nous. Par la question : mais comment vais-je faire pour mes enfants ? »
C’est O. qui parle. O. vivait dans un petit hameau avant 1948, qui dépendait de la commune de Safori et qui a été rasé, il était juste derrière la colline que nous voyons, là.
* El Ayim, maisons sans permis *
« There was 2 families living here, now 20 »/ des deux familles vivant initialement ici, elles sont maintenant 20. 90 personnes vivent ici maintenant, avec des papiers qui prouvent bien que la terre leur appartient.
Dans deux ou trois ans, ils seront plus nombreux, et auront besoin de maisons, d’eau, il y aura des mariages. Ces logements ne sont pas reconnus, il n’y a pas d’électricité. Cependant ils paient les mêmes impôts qu’à Nazareth. Le ramassage d’ordures est en place depuis seulement six ans.
O. combat depuis vingt ans pour garder ses terres, obtenir un permis de construire pour bâtir sa maison, mais à chaque fois la « High Court » trouve une raison pour ne pas délivrer le permis de construire, ou alors, on lui propose un échange avec un autre terrain, plus petit, ailleurs.
« Ils poussent le village à disparaître ». Cependant, la Cour Pénale Internationale de La Hague a donné raison au village. Alors, Israël a dit « Where is this village ? We don’t know » / Où est ce village ? Nous ne le connaissons pas ; car en effet, comme l’explique l’Association of Forty, il n’est plus sur les cartes.
…On pourrait parler longtemps de la souffrance qu’il y a eu ici. L’Europe et les médias sont concentrés sur les Territoires Palestiniens Occupés, mais ils ignorent complètement ces 100 000 personnes ici, sans eau, sans infrastructures, sans rien.
« Children don’t have anything here ». Tout leur est interdit. Il est très dur d’aller à l’école, pour cause de blocage administratif : ils n’ont pas d’adresse officielle car le village est non reconnu par les autorités israéliennes, il est dans les « unrecognized villages », donc l’inscription est impossible.
En 1988, le village de Safori a été détruit, pour bâtir une colonie israélienne qui a le même nom en hébreu.
Village de Serkis
Poursuivant le trajet dans les Territoires de 48, un homme, de 65 ans peut-être, nous parle de sa vie.
« Je suis né ici. Avant on vivait dans des tentes. » Après la tente, il a construit sa maison -celle qui est devant nous, oui-, quand il s’est marié en 1961. C’était, alors, un hameau où vivaient six frères. Et 20 maisons ont été construites sans licence, donc Israel a donné les ordres de destruction, mais ne souhaitant pas porter pour cela une mauvaise image médiatique, « ils les laissent en échange de rackett ». Il nous explique l’amende, annuelle, qui monte chaque année.
Il discute un peu, est content de parler. Quand il s’est marié, à 20 ans, toute sa famille vivait dans une seule pièce, en attendant la licence qui n’est jamais arrivée. Alors, il a fini par construire sans licence, car la famille s’agrandissait.
Israël promet des infrastructures, ce sont des promesses anciennes mais il continue d’espérer. Lui et ses voisins font des démarches pour rechercher des personnes influentes. Mais, dès qu’ils obtiennent quelque chose, ils réalisent que le problème est beaucoup, beaucoup plus vaste que ce qu’ils imaginaient. Donc ils se tournent vers l’association, qui dit-il, est la seule à les aider.
« THEY GIVE US NO CHANCE TO BE NORMAL »
Et puis, dans un autre hameau proche, dans les pins et les figuiers de barbarie, la même problématique de construction, de licence, et de reconnaissance, sous une presqu’autre forme, la compensation (là j’avoue que mes notes sont très confuses).
Actuellement le dunum est à 2000 $ pour la compensation, « mais après ce sera 500 000 $ le dunum, ah ! Real reason of expulsion ! » Le frère de celui qui nous accueille fait aussi partie de l’association, il lutte pendant ses congés pour la reconnaissance des villages. Un adjoint du maire : « Land behind us belongs to Arabs, but no permit to build. Il tomorrow, a jewish from Russia or where else comes, he will be allowed to install on that land. »
Chaque jour, il y a de nouvelles colonies partout. Israël poursuit sa politique de découragement général ; « Israel veut tous les Arabes au même endroit ».
Aucun village arabe n’a été construit depuis 1948.
* El Ayim, chemin et maisons *
Personne n’a rien dit jusqu’en 1991, où alors ils ont dit que les maisons étaient illégales. En 2005 est tombée la décision de la Court de les détruire. Ils ont donné un ultimatum de 18 mois, mais à la fin, au lieu de détruire, ils ont proposé de l’argent pour que l’on parte ailleurs.
« They came here, take pictures of the houses and talked about 2 ou 3 years waiting the decision definitive. The municipality said (whom belong this area) : we just don’t want Arabs here. » (…) Débrouillez-vous, on ne veut pas le savoir. Alors que mon grand-père est enterré juste ici ! »
L’homme qui nous parle ainsi, nous emmène chez lui, dans sa maison menacée de démolition. L’aéroport militaire est à quelques kilomètres, on peut voir de sa terrasse la frontière libanaise, à peut-être 25 kilomètres. (Ce qui fait briller les yeux de M., et remue ses rêves de résistance chevaleresque, ou pas, quand il murmure « Lebanon »…)
Ils sont allés au tribunal, ils voulaient appliquer la loi, mais l’impression du tribunal a été une douche froide : ils jugent « with their feelings, not with their minds ».
Ainsi, même les décisions de justice ne sont pas suffisantes. Dans le nord du village, 70 maisons ont reçu la menace de démolition. Ils sont toujours dans une situation illégale, mais vont tout de même défendre individuellement chaque maison.
“THIS PLACE IS CIVILIZED”
Le monsieur palestinien est fier de son village. « This place is civilized », par rapport à d’autres, car même si la route est défoncée, au moins l’on peut venir ici en voiture. Dans les villages avoisinants, on va en tracteur, on apporte l’eau avec les ânes. Un jour, ils ont amené des gamins à la piscine, les gamins n’avaient jamais vu ça, ils étaient surexcités.
Sa conclusion à lui, concernant les enfants, n’est pas tendre : « they give us no chance to be normal. » Dans la tête des Israéliens, les Arabes sont des criminels ; sa théorie est qu’ils les poussent à se ‘délinquantiser’ en leur bloquant l’accès à l’école -toujours le truc des adresses.
…Face à ces dernières images, reste entièrement neuf le souvenir de ce jour, cette visite sur le chemin de terre, le soleil, notre guide, les prises de notes consciencieuses, et soudain, la nouvelle, l’abattement brutal. Un ami du premier vient le rejoindre, tandis qu’il nous montre les maisons du village.
“Ils ont tué un enfant, ce matin. A Ni’lin. Un enfant de sept ans“. Et on ne sait rien de plus. Et quand une phrase comme ça entre en vous, elle ne sort plus.
L’information passe, sonne tout le monde. Comme un acouphène, une anomalie. Le planning va se modifier, une partie d’entre nous décide de se rendre le lendemain à Nil’in.
Donc, je pourrais probablement dire que le moment précis de cette image, avec le cheval, est la trace de l’instant où quelque chose a basculé en moi. Définitivement. Avec cette phrase, là debout parmi le groupe. Comme ça, en une fraction de temps, sans réflexion intellectuelle, sans considérations politiques, sans cortex. L’instant où, d’observatrice, occidentale, un peu militante et -bien sûr- déjà pro-palestinienne, je suis devenue Palestinienne. Où nous sommes tous devenus Palestiniens.



