« CHANGE IDENTITY OF THE CITY »
Akka / Saint-Jean d’Acre
Akka, ou Saint-Jean d’Acre, est une importante cité historique. De nombreux habitants en ont été chassés en 1948. « Akka is a mixed city, like a microcosm of Israël ». Actuellement, la population se compose de 30% de population arabe, et de nouveaux arrivants juifs.
Officiellement la co-existence se passe bien. Mais tout ne le montre pas, au contraire. Par exemple, il existe deux écoles pour environ 800 enfants arabes, versus 12 écoles pour environ 300 enfants juifs. Cela ne peut qu’avoir des conséquences sur la réussite scolaire. La municipalité compte 70 membres (conseil municipal ?), dont 5 Arabes, et aucun dans les « emplois municipaux ».
* affiche de théâtre, cour du khan *
En 2003, Akka a obtenu un label UNESCO en tant que ville historique. Puis est arrivé le phénomène de « gentrification ». « Ils ont obligé les gens à vendre leurs maisons du centre ville à des hommes d’affaires juifs, et à aller plus loin. »
« We were forced to leave in 48. » Ceux qui vivent maintenant dans ces logements n’en sont pas les propriétaires originels. Officiellement, ces logements appartiennent à l’Etat, ce qui facilite les déportations -c’est le terme qu’utilise notre responsable associatif du jour.
« Change identity of the city : names of streets, squares and neighborhoods. They are investing millions of renovating jewish historical places [ainsi que des éléments historiques du temps des Romains ainsi que des Croisades], 100 millions dollars, but not the arab area ».
160 appartements sont à ce jour vides, et bloqués. Plus de 150 dossiers judiciaires attendent au Tribunal pour « ask to deplace people ».
« Les citoyens d’Akka continuent de se battre ». Il nous évoque de nombreux artistes, peintres, sculpteurs, « generally Akka people has good mood ». Il faut s’en persuader lorsque l’on croise un enfant colon, pas plus de six ans, jouant avec une mitraillette en plastique en pleine rue.
La ville d’Akka constitue toujours un centre international pour groupes religieux : Les Soufis de Tunisie, et Ibrahim (Iran… je n’ai pas bien saisi).
Rue Julius Caesar. Il y a des audiophones, pour les visites guidées, correspondant, nous explique-t-il, à un « technological control of tourist side », pour la propagande.
Le port et la place sont rebaptisés.
L’horloge de la tour a été remplacée : on peut voir des caractères hébreux sur le cadran, et le Croissant sur la pierre.
* portail devant le hammam abandonné *
Nous visitons le plus vaste des trois khans (sortes de grandes auberges) qui prouvent qu’Akka était bien un grand centre historique, lieu de passage et de commerce. Deux des khans ont été privatisés, pour 12 millions de shekels. « They want to make a complex of hotels ». Le souci est que 37 familles arabes vivent dans ce ‘complexe’. Et les autorités ne veulent pas partager le développement économique, même si les Palestiniens veulent tout à fait y participer.
* vue très partielle du hammam *
Le passage à Akka garde un peu un goût de honte pour moi…
Ce n’est que le début du séjour, pourtant assez bien entamé pour être mal, dérangée, (comment dire) translatée, par tout ce que nous voyons, entendons, traversons, tentons de réaliser. Mais nous sommes encore sur la brèche entre nos « peaux d’Occident », nos comportements, et ce qui se passe ici.
Le décalage est fort, les raisons d’être en malaise multiples ; alors des rires nerveux nous prennent, des fous rires même, aboyants, forts, « exubérants », dit l’une d’entre nous. On ressemble alors à des touristes pleins d’irrespect, on ne retient pas bien les chiffres, on sature, on ne comprend pas toujours l’importance vitale de ce que tous nos Palestiniens de rencontre prennent du temps pour nous expliquer, montrer, encore et encore. Pour tout dire, par moments on ressemble à de petits merdeux de touristes français.
Je sais maintenant l’aspect réactif, défensif, de ces rires explosifs. C’est quand le réel commence à faire son chemin, dans la tête, à entrer, et que l’esprit refuse. Se boucle. Se met en boucle. C’est pour cela. Et c’est, je crois, cette impudeur, cette bêtise qui ont fait partir l’une d’entre nous. Ça et tout le reste de ce pays fou, bien sûr, mais ça aussi.
(ici, manque une partie de mes notes).
* ordures à l’emplacement du hammam *
« THE CULTURAL WAR »
L’on passe devant un ancien hammam abandonné, en ruines, plein d’ordures. Délaissé par négligence, il est décrit comme ayant été très beau, pourvu d’un grand dôme et de fenêtres ouvragées.
Conclusion du jour : « we are here in a war, in a battlefield by changing history and identity ». Les gens d’Akka sont en recherche de soutien au niveau international. Ils nous invitent à rester une semaine entière, pour tout visiter.
D’ailleurs… en parlant de présence d’internationaux. « European organizations buy lot of houses, some businessmen », montrant face aux quais des immeubles plutôt classe. Et ceci ne joue pas forcément en faveur de leur combat, ils nous expliquent qu’ils n’ont rien contre les Italiens ni les Français, mais qu’ils ne veulent pas perdre « the cultural war in the city and its identity ».
B. nous détaille la symbolique du petit personnage emblématique, Handala, figure des souffrances palestiniennes. Ses pieds nus, pour la Naqba, ses habits sales, son poing levé (dans la première version) puis ses mains liées dans le dos (version ultérieure), ses cheveux dressés, sa position de dos. J’aurais voulu noter chaque signification de tous ces éléments.
* bus israélien, photo volée *
Sur le trajet, nous prenons pour une fois un bus israélien, plein de monde et entre autres de soldats.
Devant mon siège et celui de M., un gamin de cinq ans, jouant à enlever la kippa de son grand-père assis à côté de lui, se met à discuter avec nous, sans aucune appréhension et dans un anglais parfait. Le grand-père le laisse faire, un long moment.
Ce que nous dit ce gosse est impressionnant. Il a plein de choses chez lui, mais ne sort jamais. Il ne parle que de télévision. Il ne joue jamais dehors. ( Bon, j’admets volontiers que dans un contexte différent ce serait tout à fait banal de nos jours !). Il joue à se cacher derrière le dossier de son siège, nous pose quelques questions, des questions d’enfant, comment tu t’appelles, de quel pays tu viens.
On commence à se dire que, ben voilà, avant d’être israélien ou palestinien ou quoi que ce soit, un enfant est d’abord un enfant, bon sang, encore heureux. Voilà.
Et puis, en jouant à se cacher, il commence à fantasmer sur ses motifs pour se cacher, il montre la vitre derrière nous, à l’horizon, et prend un ton théâtral pour dire « Booombs… ».
Son grand-père, quand il en a assez et veut faire cesser la discussion, lui dit pour ‘rigoler’ : « Israeli not good, Israel bad, ah ah !! » et son gosse de lui taper sur les mains en criant, « No, no ! Israel good ! » et le grand-père se marre. Pas une fois il nous parle directement (il faut bien avouer que nous, pas davantage). Notre groupe est ultra visible, nos signes militants, au grand jour, pourtant, à part ce gamin, l’intégralité des gens du bus fait comme si nous n’existions pas. Pas un regard, même agacé, pas un mot, rien. Une vitre invisible.
Cet enfant est le seul enfant israélien avec qui on aura, un tant soit peu, échangé. Son assurance incroyable, son niveau d’anglais (par rapport à son très jeune âge) couplés à sa vie confinée et ses peurs/fantasmes de bombes, vont nous marquer profondément, et nous revenir en tête lors des (nombreuses, du coup) rencontres ultérieures avec des enfants palestiniens.



