00 – L’arrivée

* Manifestation de Ma’sarah *

Depuis cette photo, qui reste à mon cœur une des plus chères, plus de vingt autres missions civiles sont parties en Palestine, et sont revenues, avec des récits, des images, des rencontres. Les témoignages à mille mains sont sur le site du CCIPPP, ainsi que les éléments pour partir en mission civile.
On peut donc y trouver, récit collectif, le compte-rendu de la mission 140, ainsi que quelques autres photos.

Ce qui suit constitue un mélange de mes notes personnelles, de ce récit de mission, et de mes souvenirs.

§

L’ARRIVEE

“I DON’T BELIEVE YOU”

Aéroport de Tel Aviv

Atterrissage de nuit, et aéroport plein de monde et de lumières électriques. Trônant au milieu, une fontaine géante en pays sec.
Paradoxes d’emblée.
Le terminal grouille, il y a du mouvement, des touristes, des boutiques ouvertes en pleine nuit, et des soldats absolument partout. Uniformes bleus ou marrons, armés.
Longue file d’attente, malgré la fatigue du trajet et l’heure plus que tardive, il faut justifier son séjour au premier guichet. La femme est en uniforme, la quarantaine, sèche et ennuyée. Ton méprisant. Elle ne croit pas à mes envies de tourisme et de ‘break’, et me le dit. Se fout un peu de moi. Have a break, mmh ? Me demande mes papiers, mes justificatifs. Le nom de mes parents. Si je connais quelqu’un en Israël. Fait semblant de ne pas connaître le Saint Sépulcre. Finit par tamponner le passeport. Me fait poireauter un peu, puis me tend un petit papier blanc. Devant moi, un couple néoretraité passe à l’aise avec un papier rose. Pour ne pas avoir été crue, et sans doute bien stressée, j’ai droit à un ticket de couleur différente des passagers précédents. Je suis guidée  entre deux barrières, par un gars également en uniforme qui prend le papier blanc, vers une autre, à quelques mètres, plus jeune, briefée de pas-loin par ses collègues. Elle me prend à part, dans un coin, devant des sièges, sous l’oeil de l’autre. Quinze minutes, toujours debout, elle aussi, proche de moi. Elle attaque bille en tête. Quinze minutes (qui m’ont paru des heures) de questions très rapides et agressives, plusieurs fois les mêmes. Ambiance commissariat, un peu. Encore les réservations, les guides. Elle veut le détail. Show me the book. Essaie de me prendre en défaut, pose des questions sur mon métier, ma vie. Mes études. La durée de mes études. Le nom et le métier de mes parents. Je viens seule et ça ne lui plaît pas. C’est bizarre, une femme qui voyage seule, ça passe mal. Et pourquoi je n’ai pas choisi un autre lieu de vacances. Pourquoi ne pas rester que trois jours. Pourquoi je reste si longtemps. Qu’est-ce que je vais faire pendant le reste de mes vacances. Combien de vacances dans l’année, d’ailleurs. Tient mon passeport tout le temps que cela dure. Puis brusquement, elle va voir sa supérieure, revient, me tend le passeport, thank you, me dit-elle rapidement, et me laisse passer.
Je n’ai pas encore récupéré mes affaires.
Plus tard, je saurai que j’ai eu la version la plus soft possible, que l’interrogatoire pour certains s’est compté en heures, dans des bureaux, des salles d’attente. Sept heures, dix heures. Pousser à se contredire. C’est plus long pour les Arabes.

Je récupère enfin mes bagages, change des espèces, je prends un bus, moins cher que le cherout. J’attends, encore, après douze heures de files diverses dans trois aéroports, un autre bus.

Dehors, le parfum, différent, prenant, de ce continent. Décor tout à fait occidental par ailleurs. Assise dans l’abribus, face à l’aube qui se lève sur les autoroutes de Tel Aviv, hors ce sympathique échange portuaire, je n’ai pas décroché trois mots depuis le départ de France. Deux hommes mûrs en habit religieux m’indiquent obligeamment le trajet pour Jérusalem. Je m’assieds à côté d’un soldat très jeune, qui dort avec son arme sur les genoux.

Que dire de cet accueil à Tel Aviv ? Désagréable est un euphémisme. Ce n’est que sortie de l’aéroport, un peu sonnée après la nuit blanche et le ‘comité de bienvenue’, que je réalise la tension permanente, l’agressivité, la chape psychologique immédiate. Et l’impunité.
Je n’ai, en fait, aucune idée de ce qui nous attend.
Tout ce que j’ai entraperçu, pour l’heure, c’est que ‘l’institution’ d’Israël se moque bien d’être aimable avec qui vient. Les « internationaux » selon l’expression consacrée, ne sont pas bienvenus, et c’est tout.

Jérusalem, au matin. Voilà la ville mythique. Avant les remparts, un passage imprévu par un quartier très cossu et religieux, des enfants en tenue traditionnelle descendent de voitures propres, cartable au dos. Heure de l’école rabbinique. Je précise cela parce que, dans les rues, et dehors en général, nous verrons très peu d’enfants israéliens. Comme nous l’expliquera l’un d’eux -j’y reviendrai-, ils vivent dedans.

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